La destitution de Donald Trump entre dans une nouvelle phase

Deux mois d’auditions, dont dix journées de témoignages publics organisées par la commission du Renseignement du Congrès américain ont donné lieu à un rapport d’enquête relativement édifiant sur les agissements du président des Etats-Unis dans ses relations diplomatiques avec l’Ukraine.

Les travaux menés et les 17 témoins entendus ont convaincu l’opposition démocrate de la culpabilité de Donald Trump, en ayant « conditionné une aide militaire à l’Ukraine à l’annonce d’enquêtes favorables à sa campagne », comme l’explique le rapport de 300 pages publié mardi.

Ses auteurs estiment qu’il a ainsi « détourné la politique étrangère américaine envers l'Ukraine et porté atteinte à la sécurité nationale, au détriment de deux enquêtes aux motivations politiques qui l'auraient aidé dans sa campagne de réélection à la présidence. »

"Blogueur de bas étage"

Ces accusations accablantes ont recueilli hier soir un vote favorable de la Chambre des représentants permettant à la Commission judiciaire de prendre le relai de la procédure. Mais pour le premier concerné et ses partisans, ce rapport d'enquête n'est qu'une "masacarade". Et la Maison Blanche n'a pas hésité à qualifier ces travaux « d’imposture ». Sa porte-parole, Stephanie Grisham, a déclaré que le rapport se lisait « comme les divagations d’un blogueur de bas étage qui s’évertue à prouver quelque chose quand il n’y a clairement rien ».

Le décor est planté mais la procédure d’impeachment ne débute qu’à peine. Ce mercredi, s’ouvre une nouvelle étape, plus technique : c’est au tour de la Commission judiciaire de la Chambre des Représentants d’examiner en droit les potentielles mises en accusation du locataire de la Maison Blanche.

Et comme l’ont montré les différentes auditions publiques, aucune des personnes entendues n’a jusqu’ici apporté une preuve concrète que Donald Trump avait directement demandé la suspension de l’aide militaire à l’Ukraine contre une enquête de Kiev sur Joe Biden et son fils Hunter, membre du conseil d’administration de la société gazière Burisma alors même que son père était vice-président des Etats-Unis.

L’étape de la Commission judiciaire

La Commission judiciaire, qui bénéficie d’une majorité démocrate (elle compte 24 élus de l’opposition et seulement 17 républicains), doit rédiger les articles du texte de destitution. Le président des Etats-Unis, qui avait indiqué dans l’un de ses nombreux tweets sur le sujet qu’il aurait cœur à venir témoigner en toute transparence, a été formellement été invité par le président de la Commission, Jeremy Nadler, à participer à cette nouvelle étape, directement ou en lui répondant par écrit.

Mais Donald Trump a finalement décliné l’invitation, mettant en doute l’équité de son audition : « On ne peut légitimement attendre de nous que nous participions à une audition alors que les noms des témoins n'ont pas été rendus publics et qu'il reste douteux que la commission judiciaire offrira au président une procédure équitable grâce à des auditions supplémentaires », a indiqué son avocat dans une lettre adressée à M. Nadler. « Mais si vous êtes vraiment décidé à superviser une procédure équitable à l'avenir, nous pourrions envisager [d’y participer] », a-t-il ajouté.

S’échinant depuis l’enquête Mueller sur l’ingérence russe de 2016 à dénoncer le « harcèlement » de ses opposants, Donald Trump est resté sur une ligne de défense identique pour dénigrer la procédure d’impeachment dont il fait l'objet. Au cours des auditions publiques de la Commission du Renseignement, il n’a cessé de dénoncer dans un déluge quasi-ininterrompu de tweets quotidiens la « chasse aux sorcières » lancée à son endroit par les « do nothing democrats », les démocrates « tire-au-flanc ».

Sur la base du travail que la commission judiciaire va débuter aujourd’hui, la Chambre des représentants devra ensuite se prononcer sur la poursuite ou non de la procédure. Vu sa couleur politique, elle devrait très probablement donner son feu vert à l’organisation d’un procès qui se déroulera au Sénat à majorité républicaine et à qui appartient le vote final sur cette destitution.

L’impeachment, un risque minoré par les marchés

Pour la majorité des observateurs des marchés financiers, la procédure de destitution ne représente pas de risque majeur estimant que la Chambre haute ne se prononcera jamais contre son chef de file, en pleine campagne électorale pour sa ré-investiture.

Cette procédure fait pourtant partie du top 5 des risques susceptibles de peser sur le secteur en 2020, selon une liste établie récemment par la Deutsche Bank.

Otavio Costa, gérant chez Crescat Capital, voit pour sa part l’impeachment comme un « potentiel élément déclencheur (trigger) supplémentaire d’un retournement de cycle ». « Les marchés peuvent continuer d’ignorer la macro et les données fondamentales, cet épisode politique ajoute un nouveau degré de risque à un environnement économique déjà fragile », a-t-il déclaré à CNN dans un entretien en novembre, considérant que le décalage trop important entre la progression des indices et les bénéfices des entreprises dresse déjà un tableau très risqué.

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