Alors que l’IA concentre les flux et les valorisations, les biotechs offrent une piste de diversification négligée, à condition d’éviter le risque excessif des paris individuels.
Dans une période où l’IA concentre l’essentiel de l’attention des investisseurs, la question de la diversification sectorielle se pose de moins en moins. Elle est pourtant plus importante que jamais. La forte pondération des grandes valeurs technologiques dans le S&P 500 oblige, d’une certaine façon, les investisseurs à rester exposés à l’IA pour ne pas sous-performer l’indice. Mais cette domination ne durera pas éternellement, et il viendra un moment où la diversification redeviendra un facteur clé de surperformance dans toute stratégie d’investissement de long terme.
À moins d’être un spécialiste du market timing, il paraît donc pertinent de se poser cette question avant que le marché ne l’impose. L’indice de référence des semi-conducteurs, le Philadelphia SOX, vient d’atteindre un niveau de valorisation parmi les plus élevés de son histoire, en dehors de la bulle Internet. Son forward P/E est passé d’environ 18x au plus bas du marché, fin mars/début avril (soit un écart-type sous sa moyenne à cinq ans), à 29x (deux écarts-types au-dessus de cette même moyenne). Ce multiple est comparable à ceux observés lors des sommets de l’indice en juin 2024 et en octobre 2025 et qui avaient immédiatement marqué des sommets annuels de l’indice.
Dans ce contexte de risque accru de consolidation des leaders actuels du S&P 500, les biotechs méritent d’être réexaminées. Le secteur reste peu suivi par les investisseurs généralistes, en partie parce que son profil est très spécifique. Les résultats des essais cliniques, les décisions réglementaires et les besoins de financement créent souvent un profil de rendement très binaire, difficile à analyser sans expertise médicale, scientifique et financière. À cela s’ajoute une décennie perdue depuis 2015, après les gains importants des années précédentes, puis la violente remontée des taux en 2022, qui a fortement pesé sur les levées de fonds et les introductions en Bourse du secteur.
Cette complexité explique le désintérêt pour les biotechs, mais elle explique aussi une partie de leur intérêt en portefeuille. Historiquement, le secteur offre un couple rare : un rendement potentiel élevé combiné à une corrélation relativement faible avec le S&P 500. Le rendement élevé vient du risque spécifique de ces entreprises, pour lequel les investisseurs exigent une prime de rendement. La faible corrélation vient, quant à elle, du fait que l’activité des biotechs dépend davantage de facteurs propres aux entreprises — données cliniques, approbations réglementaires, partenariats, financements — que du cycle macroéconomique traditionnel.
Les tensions géopolitiques, la croissance mondiale ou la dynamique des grandes valeurs technologiques ont généralement un impact relativement limité sur la valeur fondamentale d’une biotech. Les taux d’intérêt restent probablement le principal facteur macroéconomique à surveiller, car ces entreprises ont régulièrement besoin de capitaux frais pour financer leurs programmes de recherche. Un environnement de taux élevés complique donc le financement du secteur, tandis qu’un assouplissement monétaire peut améliorer les conditions de marché.
Pour un investisseur généraliste, sélectionner des biotechs individuelles reste toutefois particulièrement risqué. Les dossiers exigent des compétences techniques importantes, et l’issue d’un essai clinique ou d’une décision réglementaire peut modifier brutalement la trajectoire d’une entreprise, comme l’illustre régulièrement le cas de certaines biotechs cotées telles qu’Abivax. Sauf dans quelques cas très spécifiques, l’approche la plus rationnelle consiste donc à rechercher une exposition diversifiée au secteur, soit à travers des ETF, soit via des entreprises capables de financer directement les biotechs et d’agir comme des gérants actifs spécialisés pour investir en actions avec un risque mieux réparti.
Je ne vais pas m’attarder sur les ETF passifs, car la plupart sont basés sur l’indice Nasdaq Biotechnology, comme le SBIO, le BTEE ou le BTEC, qui offre actuellement une exposition à plus de 200 biotechs de toutes tailles. Pour un investisseur qui souhaite simplement investir en ETF, l’approche est simple et diversifiée, mais elle reste mécanique.
Outre les ETF, il existe également quelques entreprises qui financent directement les biotechs et permettent d’accéder au secteur avec une logique plus sélective. Ces sociétés ne se contentent pas de répliquer un indice : elles analysent les dossiers, allouent du capital, structurent des financements et peuvent, dans certains cas, capturer une partie de la création de valeur du secteur sans dépendre d’un seul essai clinique. J’ai retenu les trois qui me semblent les plus pertinentes sur le long terme :
Parmi les véhicules cotés permettant de s’exposer à l’innovation biopharma sans dépendre directement du succès d’une seule molécule, Royalty Pharma, dont j’ai déjà présenté en profondeur en avril dernier, occupe une place centrale. La société ne développe pas elle-même de médicaments et ne supporte pas les coûts fixes d’un laboratoire intégré. Son métier consiste à acquérir des droits à royalties sur des traitements déjà commercialisés ou proches de l’approbation, ce qui convertit une partie de l’innovation médicale en flux de trésorerie contractuels, tout en laissant le risque industriel et commercial aux laboratoires partenaires.
Cette logique rapproche davantage Royalty Pharma d’un allocateur de capital spécialisé dans les sciences de la vie que d’une biotech traditionnelle. Le groupe finance l’innovation, perçoit une part des ventes futures, puis réalloue ces flux vers de nouvelles royalties, des accords de cofinancement en recherche-développement, des dividendes et des rachats d’actions. L’intérêt pour l’investisseur vient de cette combinaison assez rare entre exposition à la croissance des médicaments innovants et meilleure visibilité des flux que dans la plupart des biotechs cotées.
Le cœur du dossier reste la qualité de cette allocation du capital. Royalty Pharma communique un rendement du capital investi (ROIC) moyen de 14,9% et un rendement des fonds propres investis (ROIE) de 21,5% sur 2019-2025, tout en conservant une dette notée « investment grade ». Au premier trimestre 2026, le groupe a relevé son dividende de 7%, poursuivi ses rachats d’actions et déployé 528 MUSD dans de nouvelles transactions. Royalty Pharma offre ainsi une exposition cotée à la biopharma qui combine discipline financière, visibilité de flux contractuels et risque commercial encore lié aux médicaments sous-jacents.
Avec Ligand Pharmaceuticals, l’exposition devient plus offensive, tout en conservant une logique de portefeuille. Le groupe finance ou acquiert des droits économiques sur des programmes biopharma, auxquels s’ajoutent ses plateformes Captisol et NITRICIL. L’objectif n’est pas de porter seul le coût complet du développement clinique, mais de multiplier les participations économiques dans des actifs thérapeutiques développés par d’autres sociétés.
Cette structure allège le profil de risque par rapport à une biotech mono-produit. Son portefeuille couvre notamment les maladies rares, l’oncologie, les maladies respiratoires, rénales et infectieuses. Le risque binaire n’est donc pas éliminé, mais il est réparti entre plusieurs programmes, plusieurs partenaires et plusieurs sources potentielles de revenus.
Le recentrage du modèle commence à se voir dans les chiffres. Les royalties sont passées de 85,0 MUSD en 2023 à 108,8 MUSD en 2024, puis à 161,0 MUSD en 2025, tandis que le bénéfice ajusté « core » par action est passé de 4,06 USD à 5,74 USD, puis à 8,13 USD sur la même période. L’acquisition annoncée de XOMA Royalty, attendue au troisième trimestre 2026 sous réserve des conditions de clôture, doit encore renforcer cette logique, avec un portefeuille combiné de plus de 200 actifs et sept produits commercialisés. La guidance 2026 a été relevée à 270-310 MUSD de revenus et 8,50-9,50 USD de bénéfice ajusté par action. Ligand apparaît donc comme une plateforme cotée plus dynamique que Royalty Pharma.
Dans un registre différent, BB Biotech permet d’accéder au secteur via une société d’investissement cotée à capital permanent, plutôt que par un modèle de royalties. Le véhicule donne accès à un portefeuille activement géré de sociétés biotech, avec 30 positions au 31 mars, après l’élargissement des lignes directrices à une fourchette de 20 à 50 lignes. L’approche est donc plus proche d’une sélection active spécialisée que d’un ETF passif répliquant mécaniquement un indice.
Le profil de BB Biotech est plus cyclique que celui de Royalty Pharma ou de Ligand. La société n’offre pas la même visibilité de flux, mais elle donne une exposition plus directe au bêta biotech, aux reprises de sentiment sur les mid et small caps, ainsi qu’aux revalorisations liées aux données cliniques, aux approbations réglementaires et aux opérations de fusion-acquisition. Pour un investisseur généraliste, l’intérêt du véhicule vient surtout de la délégation de la sélection à une équipe spécialisée, dans un secteur où l’analyse scientifique, réglementaire et financière reste difficile à internaliser.
L’historique soutient l’intérêt de cette approche active. Depuis son introduction en 1993, l’action affiche une performance annualisée de 10,2% et la valeur nette d’inventaire (NAV) de 10,6%, contre 9,1% pour le Nasdaq Biotechnology Index à fin 2025. L’année 2025 a également illustré la capacité du portefeuille à cristalliser de la valeur, avec cinq sociétés détenues ayant fait l’objet d’acquisitions. BB Biotech complète donc les deux premiers profils avec une exposition plus directe au cycle biotech, portée par une gestion spécialisée et une politique de distribution annuelle équivalente à 5% du cours moyen de décembre depuis 2013.
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