Après plusieurs mois de sous-performance, les valeurs liées à l’infrastructure électrique pourraient profiter d’un rattrapage soutenu par des goulets d’étranglement durables.
Pendant deux ans, la pénurie de certains semi-conducteurs a dominé le débat autour de l’intelligence artificielle. Cette contrainte n’a pas disparu, mais elle est progressivement dépassée par une ressource plus difficile à produire rapidement : l’électricité. Les hyperscalers peuvent commander davantage de puces et de mémoire, mais ces équipements restent inutiles si les centres de données ne disposent pas des mégawatts nécessaires pour les alimenter et les refroidir.
L’Agence internationale de l’énergie estime que la consommation mondiale des centres de données devrait plus que doubler d’ici 2030, pour atteindre environ 945 TWh, soit légèrement plus que la consommation actuelle du Japon. Aux Etats-Unis, ils représenteraient près de la moitié de la croissance de la demande électrique sur la période, l’IA constituant le principal moteur de cette hausse.
Goldman Sachs donne une autre mesure de l’ampleur du cycle. La banque estime que près de 7 600 milliards de dollars pourraient être investis entre 2026 et 2031 dans le calcul, les centres de données et leur alimentation électrique. Les dépenses annuelles des hyperscalers dépasseraient à elles seules 760 milliards de dollars en 2026, soit environ 2 milliards par jour. Pourtant, l’essentiel des infrastructures nécessaires reste encore à construire.
Le paradoxe est que l’électricité ne représente qu’une fraction des investissements totaux, mais peut retarder l’ensemble de la chaîne, car un centre de données achevé sans raccordement ou sans capacité de production disponible ne génère aucun revenu.
Goldman Sachs souligne que les réseaux américains ont historiquement été dimensionnés pour des charges résidentielles et commerciales relativement prévisibles, avec une utilisation moyenne proche de 60%. Un déploiement massif de l’IA pourrait rapprocher certaines zones d’un taux de 90%, niveau auquel de nombreuses hypothèses d’exploitation des utilities cessent d’être valables. Dans les principaux réseaux électriques américains, les files d’attente pour obtenir un raccordement s’étendent déjà sur huit à douze ans, soit deux à trois générations de GPU.
Les difficultés portent également sur les équipements. Certains transformateurs affichent des délais de livraison supérieurs à 160 semaines selon Reuters, tandis que leurs prix pourraient encore progresser de 4% à 10% au cours des douze prochains mois. Dans la zone PJM, le plus grand réseau électrique des États-Unis, les prix de capacité ont augmenté de plus de 1 000% en deux ans et certaines usines de la région industrielle du nord-est du pays ont vu leurs coûts d’électricité progresser de plus de 90%.
Face à l’allongement des délais de raccordement, la production installée directement sur site, « derrière le compteur », devient une solution de plus en plus crédible. Goldman Sachs estime qu’environ un tiers des futures capacités pourrait fonctionner de manière isolée, temporairement ou durablement. Microsoft, Meta et Oracle développent déjà des projets reposant sur une production au gaz dédiée afin de mettre leurs infrastructures en service sans attendre leur connexion complète au réseau.
Cette évolution élargit le thème de l’IA bien au-delà des semi-conducteurs. Parmi les expositions les plus équilibrées, GE Vernova, Eaton et Quanta Services sont particulièrement bien placées. Leur croissance dépend moins d’une hausse durable des prix de l’électricité que du volume d’investissements nécessaires dans les turbines, les équipements électriques, les lignes et les sous-stations. Cette thèse rejoint celle développée récemment sur MasTec, positionné au cœur de la modernisation du réseau électrique américain.
Constellation Energy et Trane Technologies offrent deux expositions plus spécialisées, respectivement à la production pilotable et au refroidissement. Vistra et NRG Energy présentent davantage de levier sur les tensions des marchés électriques, mais également une sensibilité plus élevée aux prix de gros, à la réglementation et à l’endettement. Generac constitue enfin une option plus émergente dans l’alimentation de secours, même si son exposition aux centres de données reste moins établie. En Europe, Schneider Electric constitue également une exposition diversifiée aux équipements de distribution, de gestion et de sécurisation de l’électricité.
La pression politique visant à faire supporter aux hyperscalers le coût de leurs infrastructures devrait favoriser les équipementiers, les constructeurs de réseaux et les producteurs disposant de contrats dédiés, plutôt que les utilities dépendant d’une hausse généralisée des tarifs.
Bien que le marché n’ait pas attendu le rapport de Goldman Sachs pour identifier ces bénéficiaires, plusieurs de ces valeurs ont reculé ces derniers mois, contrairement aux semi-conducteurs. L’infrastructure électrique figure même parmi les thèmes boursiers ayant le plus sous-performé au cours des trois derniers mois, aux côtés de la défense.
Compte tenu des vents de soutien structurels dont bénéficient ces entreprises, une rotation en faveur du thème électrique pourrait ouvrir la voie à un rattrapage relatif. Les investisseurs souhaitant s’exposer individuellement à ces sociétés peuvent consulter les différentes solutions proposées pour investir en actions avec IG.
Enfin, Goldman Sachs estime que la chaîne américaine de l’électricité aura besoin de plus de 500 000 travailleurs supplémentaires d’ici 2030, alors que leur formation nécessite généralement trois à quatre ans. La thèse d’investissement repose donc autant sur la rareté des compétences et des raccordements que sur la croissance de la demande électrique elle-même.
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