Adobe est sanctionné comme une victime de l’IA, alors que Firefly, Acrobat AI Assistant et les rachats d’actions commencent à renforcer la thèse inverse.
Alors que les gagnants les plus visibles de l’intelligence artificielle, comme Micron, continuent de concentrer l’attention des investisseurs, Adobe se retrouve dans une situation presque inverse.
L’action fait partie des valeurs les plus pénalisées par les craintes de disruption liées à l’IA générative, qui touchent les éditeurs de logiciels depuis la fin de l’année dernière. Le titre chute de plus de 40% depuis le début de l’année et de près de 50% sur un an, pour revenir à son plus bas niveau depuis 2018. A environ 197 USD, Adobe se traite autour de 8 fois les bénéfices prospectifs des analystes et le point médian de sa guidance de bénéfice par action (BPA) 2026, un multiple historiquement faible pour un éditeur de logiciels qui génère encore une marge opérationnelle proche de 45%.
Pour le moment, le risque de disruption ne se reflète pourtant pas dans les résultats. Au deuxième trimestre de l’exercice 2026, Adobe a publié un chiffre d’affaires record de 6,62 MdsUSD, en hausse de 11% à taux de change constant. Le bénéfice par action non-GAAP a progressé de 18%, à 5,96 USD, tandis que la marge nette non-GAAP ressort autour de 36%, dans le haut de sa fourchette historique récente. Par ailleurs, la société a relevé ses objectifs annuels, avec une nouvelle guidance de chiffre d’affaires comprise entre 26,50 et 26,60 MdsUSD et un bénéfice par action non-GAAP attendu entre 24,35 et 24,45 USD.
Alors que les investisseurs craignent une disruption par l’IA, Adobe semble au contraire commencer à utiliser cette technologie pour élargir son audience et renforcer l’usage de ses produits. L’Annual Recurring Revenue (ARR), ou revenu récurrent annuel, de ses solutions “AI-first” dépasse désormais 500 MUSD et a plus que triplé sur un an. Firefly approche 300 MUSD d’ARR, avec une hausse d’environ 50% sur un trimestre, tandis qu’Acrobat AI Assistant progresse aussi rapidement, avec une forte hausse du nombre d’utilisateurs payants. Ces chiffres restent modestes à l’échelle des 27,1 MdsUSD d’ARR total, mais ils contredisent l’idée selon laquelle Adobe serait incapable de monétiser l’IA.
La trajectoire du Return on Invested Capital (ROIC), ou retour sur capital investi, renforce cette lecture. Après une phase de normalisation en 2022-2023 autour de 25%, le ROIC a fortement rebondi en 2024 et 2025 pour atteindre environ 40%, ce qui place Adobe dans le haut du panier des éditeurs de logiciels. Cette évolution illustre la capacité du groupe à transformer ses actifs, ses dépenses de recherche et développement et son écosystème logiciel en profits économiques élevés.
Enfin, l’allocation du capital est le dernier point qui vient renforcer l’attractivité du dossier, puisque Adobe profite de la correction et de la très faible valorisation du titre pour racheter massivement ses actions au lieu de s’aventurer dans le M&A. L’entreprise a réduit le nombre d’actions en circulation de plus de 6% au cours des douze derniers mois et vient d’annoncer en avril un nouveau programme de 25 milliards de dollars, soit 30% de la capitalisation boursière actuelle. A un multiple aussi faible, chaque dollar consacré aux rachats est extrêmement relutif pour l’actionnaire, à condition bien entendu que les bénéfices restent durables.
Le marché a probablement raison de rester prudent sur les éditeurs de logiciels compte tenu des progrès rapides des LLM, mais il semble aller trop loin dans le cas d’Adobe. La valorisation actuelle ne reflète pas les fondamentaux actuels par l’entreprise. Les investisseurs traitent Adobe comme un acteur historique en perte de contrôle, alors que les chiffres montrent une société toujours en croissance, très rentable, dotée d’un fort verrouillage client et désormais active dans la monétisation de l’IA.
Pour les investisseurs qui souhaitent investir en actions, Adobe offre donc un profil d’asymétrie intéressant, surtout si le rallye sur les semi-conducteurs commence à s’essouffler. Le scénario central n’exige pas un retour à une valorisation de logiciel premium comme en 2024. Si la société démontre que l’IA soutient l’adoption, protège les workflows et prolonge la croissance de l’ARR, une revalorisation vers 285-315 USD paraît raisonnable dans les 12 à 24 prochains mois, soit une performance potentielle d’environ 45% à 60%. Le risque baissier se situe surtout dans un scénario où les craintes actuelles du marché se matérialisent, avec une rupture de la croissance et une poursuite de la compression du multiple.
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