Le cours de l’Argent profite d’une combinaison rare de tensions géopolitiques et de contraintes d’offre
Les cours des métaux précieux ont connu une année 2025 historique, en particulier pour le cours de l’argent qui a bondi d’environ 150%, contre environ 65% pour le cours de l’or. Le premier moteur est assez trivial, et donc puissant. La fragmentation géopolitique, les sanctions, le gel potentiel des réserves et la méfiance croissante vis-à-vis du dollar poussent les États à faire ce que ferait n’importe quel gestionnaire de risques rationnel : diversifier avant d’y être contraint. Les banques centrales ont ainsi continué d’acheter massivement de l’or, avec encore près de 850 tonnes attendues en 2025, après plus de 1000 tonnes en 2024.
À cela s’ajoute le volet monétaire. Une inflation américaine toujours au-dessus de la cible de 2% depuis quatre ans, une Fed jugée trop conciliante, et des anticipations de baisse de taux qui reviennent par la fenêtre dès que les rendements réels refluent. Dans ce contexte, détenir un actif non productif mais rare redevient attractif face au risque d’érosion de la valeur de la monnaie.
L’argent ajoute une couche supplémentaire avec son rôle industriel. La demande industrielle a progressé de +4% sur un an (680 millions d’onces), à un record, tirée par l’électrification, les réseaux, l’électronique et surtout le solaire. Certes, l’industrie optimise et réduit la quantité d’argent par panneau (plus de 20% de gains d’efficacité), mais le volume installé continue d’augmenter plus vite que les économies réalisées.
En face, l’offre ne suit pas. Il faut dire que l’argent reste majoritairement un sous-produit de mines de cuivre, de zinc ou d’or. Autrement dit, on ne peut pas augmenter l’offre d’argent sans que les autres métaux justifient eux-mêmes une hausse de production. Résultat, le marché est resté structurellement tendu avec un cinquième déficit consécutif attendu en 2025, estimé à 95 millions d’onces (Silver Institute).