Une industrie du logiciel en pleine remise en question face à l’IA
L’action Salesforce a récemment chuté de plus de 30 % depuis le début de l’année, accentuant sa correction depuis son record de janvier 2025 à environ -50 %. Cette correction n’est pas propre à Salesforce, mais généralisée à l’ensemble de l’industrie des logiciels (SaaS). Le géant canadien Constellation Software corrige également d’environ 50 % depuis son record du printemps dernier, tandis qu’Adobe corrige d’environ 60 % par rapport à son record de 2024.
L’industrie des logiciels est sous pression depuis le début de l’année en raison des menaces que l’intelligence artificielle fait peser sur leurs modèles économiques traditionnels. Les investisseurs craignent que les nouveaux outils d’IA, comme Claude Code et OpenAI Codex, permettent aux entreprises de créer leurs propres logiciels ou de négocier à la baisse leurs abonnements aux logiciels spécialisés.
Dans ce contexte, Salesforce constitue un cas particulièrement intéressant. L’entreprise tente de transformer la menace de l’IA « agentique » en avantage compétitif, à la fois défensif et offensif.
Sur le plan défensif, Salesforce déploie sa technologie Agentforce en interne pour automatiser une partie de ses opérations. Le groupe indique que ce système traite désormais environ 1,5 million de requêtes de support client, avec un niveau de satisfaction proche de celui obtenu avec des agents humains. Cette automatisation commence déjà à modifier la structure de coûts de l’entreprise puisque les effectifs du support client auraient été réduits d’environ 9 000 à 5 000 personnes, soit une baisse proche de 45 %, à laquelle se sont ajoutées d’autres suppressions de postes début 2026. La direction estime que cette base de coûts plus légère contribuera à porter la marge opérationnelle (non-GAAP) à 34,3 % en FY2027, contre 34,1 % en FY2026 et environ 33 % en FY2025.
Sur le plan offensif, Salesforce tente d’anticiper l’évolution du modèle économique des logiciels. Si les entreprises utilisent l’IA pour réduire leur nombre d’employés, le modèle de facturation par utilisateur devient mécaniquement plus fragile. Pour y répondre, Salesforce introduit progressivement des contrats basés sur l’utilisation d’agents numériques, facturés selon les interactions, les volumes de calcul ou les résultats obtenus. Cette évolution rapproche Salesforce d’un modèle de tarification à la consommation, similaire à celui adopté par Adobe avec ses outils d’IA. Néanmoins, l’expérience d’Adobe montre que cette transition n’est pas sans risque puisque la tarification « à la consommation » peut améliorer la monétisation de certaines fonctionnalités, mais elle peut également cannibaliser les revenus existants liés aux licences par utilisateur.
Pour Salesforce, l’enjeu des prochaines années sera de démontrer que l’IA ne se contente pas d’améliorer la productivité des clients, mais qu’elle peut aussi soutenir la croissance du chiffre d’affaires et l’expansion des marges. Pour un investisseur, l’enjeu n’est pas réellement d’anticiper ce futur, mais de tenter d’estimer ce que le marché anticipe.