La récurrence et le cash-flow continuent de structurer le profil du groupe
L’action Adobe Systems traverse une période difficile depuis deux ans, le titre reculant de plus de 50% depuis son plus haut de début octobre à environ 640$. Cette baisse quasi ininterrompue s’explique par les craintes grandissantes d’une disruption de l’industrie des logiciels par l’intelligence artificielle. Ce narratif s’est renforcé ces derniers mois avec le géant canadien Constellation Software qui perd également 50%, mais seulement depuis l’été dernier.
Pourtant, lorsqu’on remet les chiffres au centre du débat, Adobe ne ressemble pas à une entreprise en fin de cycle. Le groupe a clos son exercice fiscal 2025 sur un record de chiffre d’affaires à 23,77 milliards de dollars, en hausse de 11%, dont 17,65 milliards pour la division Digital Media, cœur historique du modèle. La division Digital Experience, plus exposée aux budgets marketing, reste-t-elle aussi en croissance avec 5,86 milliards de revenus, en hausse de 9%.
Le signal le plus utile pour jauger la solidité de l’édifice reste la récurrence. Adobe termine 2025 avec 25,20 milliards de dollars d’Annualized Recurring Revenue (ARR), en hausse de 11,5%, et 19,20 milliards d’ARR sur Digital Media, également en hausse de 11,5%. La visibilité commerciale demeure élevée, les Remaining Performance Obligations (RPO) atteignent 22,52 milliards de dollars, dont 65% de RPO “courantes”.
Côté qualité financière, la capacité d’autofinancement ne faiblit pas. Adobe a généré 10,03 milliards de dollars de cash-flow opérationnel en 2025, pour seulement 179 millions de dollars de capex. Le groupe a racheté 30,8 millions d’actions pour 11,28 milliards sur l’année, réduisant son flottant de 6% sur l’année, et il reste 5,90 milliards de dollars disponibles au titre de l’autorisation de rachat en vigueur jusqu’au 14 mars 2028.
La question n’est donc pas « Adobe est-elle cassée », mais « quelle part de la valeur de l’IA va-t-elle capturer ». La direction assume ce changement de lecture en ajustant son pilotage dès 2026, avec un focus sur les revenus d’abonnement par groupes de clients et la croissance de l’ARR total. Pour 2026, Adobe vise 25,90 à 26,10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, une croissance de l’ARR de 10,2%, et un BPA (non-GAAP) de 23,30 à 23,50, avec une marge opérationnelle (non-GAAP) d’environ 45%.
Sur le plan stratégique, l’acquisition de Semrush pour environ 1,9 milliard de dollars en cash, attendue au premier semestre fiscal 2026, illustre l’effort pour renforcer Adobe Experience Cloud autour de la visibilité de marque, y compris dans les parcours de recherche dopés à l’IA. La guidance 2026 n’intègre pas Semrush, ce qui limite le risque de surpromesse à court terme.