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Le marché sanctionne encore la faiblesse des marges, mais la montée en puissance de l’IA et du spatial pourrait transformer le profil de croissance du fabricant franco-italien.
Après avoir atteint 70 euros en juin, l’action STMicroelectronics a perdu plus d’un tiers de sa valeur pour revenir autour de 45 euros. Cette baisse s’inscrit dans la correction généralisée des valeurs de semi-conducteurs observée depuis près de deux mois, mais elle reflète également le décalage entre les attentes très élevées accumulées autour de l’intelligence artificielle et des résultats trimestriels qui, bien qu’en nette amélioration, n’ont pas totalement convaincu sur la rentabilité. Le repli pourrait néanmoins offrir une configuration plus intéressante, car la dynamique opérationnelle continue de se redresser tandis que de nouveaux débouchés commencent à élargir le profil de croissance du groupe au-delà de ses marchés historiques.
Les résultats du deuxième trimestre ont confirmé cette amélioration sans répondre pleinement aux attentes les plus optimistes. Le chiffre d’affaires a progressé de 26% sur un an à 3,49 milliards de dollars, avec une croissance répartie entre les principales catégories de clients. Les revenus automobiles ont augmenté de 16%, ceux de l’industrie de 34%, tandis que les activités liées aux équipements de communication et aux périphériques informatiques ont bondi de 50%. La marge brute s’est redressée à 34,8%, contre 33,5% un an plus tôt, et le résultat opérationnel est redevenu positif.
Les investisseurs ont toutefois davantage retenu un EBITDA inférieur au consensus et une prévision de chiffre d’affaires de 3,7 milliards de dollars au troisième trimestre, légèrement inférieure aux attentes. La réaction du marché paraît donc compréhensible après la forte progression enregistrée au premier semestre, mais elle ne remet pas en cause le retournement progressif du cycle industriel. Les stocks détenus par les distributeurs sont désormais inférieurs aux niveaux habituellement visés par le groupe, les commandes se sont renforcées et la reprise concerne aussi bien l’automobile que l’industrie et les équipements de communication.
Après plusieurs trimestres marqués par le déstockage et la sous-utilisation des capacités de production, STMicroelectronics reste ainsi exposé à une normalisation graduelle de ses activités traditionnelles. Cette reprise cyclique constitue un premier socle, auquel viennent désormais s’ajouter des relais plus structurels dans les centres de données et le spatial.
La transformation la plus significative du dossier provient des infrastructures de centres de données. ST y fournit des composants de gestion de puissance, des circuits personnalisés, des solutions de connectivité optique et des technologies de silicium photonique utilisées autour des accélérateurs d’intelligence artificielle. La direction vise désormais plus de 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires dans ce segment en 2026, contre un objectif auparavant supérieur à 500 millions, puis plus de 2 milliards en 2027 si les programmes en cours se déploient comme prévu. À cette échelle, les centres de données deviendraient l’un des principaux moteurs de croissance du groupe.
Cette expansion pourrait également mettre davantage en valeur l’exposition de ST aux semi-conducteurs de puissance, encore imparfaitement reflétée dans les estimations. Pour alimenter des baies d’IA toujours plus énergivores, les opérateurs de centres de données se dirigent vers des architectures électriques à plus haute tension, notamment autour de 800 volts en courant continu. Ce niveau se rapproche de celui adopté par les plateformes les plus récentes de véhicules électriques et crée une convergence entre deux marchés jusqu’ici largement analysés séparément.
Les compétences développées par ST dans l’automobile, notamment dans le carbure de silicium, la conversion de puissance et la gestion de l’énergie, pourraient ainsi trouver de nouveaux débouchés dans les infrastructures d’IA. Les véhicules électriques comme les centres de données doivent en effet répondre aux mêmes contraintes de rendement énergétique, de densité de puissance, de fiabilité et de dissipation thermique. Une partie du savoir-faire industriel et technologique accumulé dans l’un de ces marchés pourrait donc être réutilisée dans l’autre.
Le spatial apporte un second relais structurel, lui aussi encore peu intégré dans les modèles. STMicroelectronics estime que son marché adressable dans les satellites en orbite basse pourrait atteindre environ 3 milliards de dollars à l’horizon 2030 et vise plus de 3 milliards de revenus cumulés dans ce domaine entre 2026 et 2028. Son portefeuille couvre la radiofréquence, les capteurs, l’électronique de puissance, les composants numériques et les interconnexions optiques, ce qui lui permet d’intervenir à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur.
La combinaison des centres de données, des architectures de puissance à haute tension et des constellations satellitaires pourrait progressivement réduire la dépendance du groupe à l’automobile, à l’industrie traditionnelle et à l’électronique personnelle. Elle offrirait également une meilleure visibilité sur la croissance à moyen terme, à condition que les programmes annoncés se traduisent effectivement par des volumes et une rentabilité suffisants.
La concrétisation de ce potentiel dépend désormais de la capacité du groupe à transformer la croissance de son chiffre d’affaires en bénéfices et en flux de trésorerie. Pour le troisième trimestre, la direction prévoit une marge brute proche de 37%, contre 34,8% au deuxième, avant un chiffre d’affaires supérieur à 4 milliards de dollars au quatrième trimestre. Une meilleure utilisation des usines, combinée à la progression des activités « Embedded Processing » et « RF Optical Communications », dont les marges opérationnelles avoisinent déjà 20%, pourrait générer un levier bénéficiaire significatif.
La division « Power and Discrete » demeure néanmoins lourdement déficitaire et constitue le principal obstacle à cette normalisation. Les coûts fixes, les investissements dans le carbure de silicium et la sous-utilisation des capacités pèsent fortement sur ses résultats actuels. Cette faiblesse présente cependant une dimension contracyclique : une montée en charge simultanée des besoins liés aux véhicules électriques et aux nouvelles architectures électriques des centres de données améliorerait l’absorption des coûts et pourrait réduire sensiblement les pertes.
Le potentiel du dossier ne repose donc pas uniquement sur la croissance de l’IA ou du spatial. Il dépend également de la possibilité de transformer une division aujourd’hui pénalisante en source de levier opérationnel. Cette évolution constituerait un changement important, car la hausse des volumes pourrait alors s’accompagner d’une progression des marges plus rapide que celle du chiffre d’affaires.
La valorisation demeure exigeante au regard des bénéfices attendus en 2026, encore affectés par les restructurations, les faibles taux d’utilisation et les investissements industriels. Elle devient néanmoins plus raisonnable sur les estimations 2027 et 2028, sous réserve que les programmes liés aux centres de données et aux satellites se concrétisent, que la marge brute poursuive son redressement et que les pertes des activités de puissance commencent à diminuer.
Après la correction récente, le rapport entre potentiel de hausse et risque de baisse paraît ainsi plus favorable. Un scénario central pourrait conduire le titre à son récent plus haut dans les prochains trimestres, à condition que le chiffre d’affaires dépasse 4 milliards de dollars au quatrième trimestre et que la trajectoire vers plus de 2 milliards de revenus dans les centres de données en 2027 reste crédible. Un retard dans ces programmes, une nouvelle faiblesse de l’automobile ou la persistance des pertes dans les composants de puissance pourrait en revanche ramener le titre vers la zone des 35 euros.
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