Les marges vont dans le même sens. En 2025, la marge brute de Sprouts s’est établie autour de 38,8% et sa marge opérationnelle autour de 7,8%. Chez Walmart, la marge brute était de 24,2% et la marge opérationnelle de 4,2%. Chez Costco, le modèle est différent, car une part importante de la rentabilité provient des cotisations d’adhésion. Néanmoins, même dans ce cas, la marge brute sur les marchandises tourne autour de 11,1% et la marge opérationnelle autour de 3,8%. En clair, Sprouts génère davantage de profit par dollar de ventes que Walmart et Costco, alors même que le marché lui accorde désormais une valorisation bien plus faible.
L’avenir du titre dépendra de la trajectoire des ventes comparables
Pourquoi une telle décote ? Parce que le marché ne regarde plus les performances passées, mais le ralentissement en cours. Après une excellente année 2025, la direction a guidé 2026 sur une croissance du chiffre d’affaires de 4,5% à 6,5%, des ventes comparables entre -1% et +1%, et un bénéfice par action compris entre 5,28 et 5,44 dollars. Le message est clair : l’activité reste saine, mais le rythme de croissance se normalise, surtout au premier semestre. Comme le titre se traitait auparavant sur des attentes très élevées, le marché a fortement comprimé le multiple. Le problème du dossier n’est donc pas la qualité du business, mais le fait que l’ancienne valorisation était trop exigeante.
C’est précisément ce qui rend Sprouts intéressant aujourd’hui. On n’a pas affaire à une entreprise fragilisée, surendettée ou en perte de contrôle. Sprouts a terminé 2025 avec 257 millions de dollars de trésorerie, aucun tirage sur sa ligne de crédit de 600 millions de dollars, 716 millions de dollars de cash-flow opérationnel, et a racheté 4,0 millions d’actions pour 472 millions de dollars sur l’année. En outre, la société a autorisé un nouveau programme de rachat d’actions de 1 milliard de dollars, soit environ 14% de sa capitalisation boursière actuelle.
A environ 14 fois ses bénéfices prospectifs, le marché me semble intégrer suffisamment de scepticisme pour offrir une marge de sécurité importante. Le dossier n’est pas sans risque, mais me semble moins risqué d’acheter Walmart à 35 fois ses bénéfices et Costco autour de 51 fois.
Sauf si le business model se dégrade réellement et que les ventes comparables entrent dans une trajectoire de baisse durable, il paraît peu probable que le titre recule beaucoup plus bas que ses récents points bas au vu de sa valorisation actuelle. À l’inverse, si la croissance repart à la hausse, il est probable que le marché accepte à nouveau de payer un multiple plus élevé. Dans ce cas, la hausse du titre pourrait venir à la fois de la progression des bénéfices par action et d’une revalorisation du multiple.
Pour les investisseurs cherchant à soigner leur timing d’entrée, il sera préférable d’attendre un franchissement de la résistance des derniers mois à environ 74-75€ sous laquelle le titre s’est replié en décembre et mars dernier. Un franchissement de ce seuil pourrait former une figure en « tête et épaules inversées », ce qui serait théoriquement de bon augure pour un retournement haussier.