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Ryanair : la pression sur les marges crée une opportunité de long terme

Ryanair souffre de la baisse des tarifs, mais sa structure de coûts et sa solidité financière pourraient lui permettre de sortir renforcé de la phase actuelle.

Achat Ryanair Source : Bloomberg

Écrit par

Valentin Aufrand

Valentin Aufrand

Analyste indépendant

Date de publication

Les points clés de l’article

  • Ryanair traverse un creux cyclique marqué par la baisse des tarifs et la hausse des coûts, mais son modèle à très bas coûts et son bilan solide lui donnent davantage de marge de manœuvre que ses concurrents.
  • Cette période difficile pourrait renforcer sa position à long terme, le groupe pouvant continuer à investir et redéployer sa capacité pendant que les opérateurs les plus fragiles sont contraints de réduire leur offre.
  • Autour de 23 euros, l’asymétrie redevient attractive avec un scénario central à 30 euros.

Ryanair traverse actuellement une phase particulièrement difficile, entre baisse des tarifs, remontée du coût du carburant et hausse des dépenses de maintenance, de personnel et des taxes environnementales. Au premier trimestre de son exercice 2027, le trafic a pourtant progressé de 6%, mais cette croissance n’a pas suffi à compenser une baisse de 6% du tarif moyen et une hausse de 11% des coûts. Le résultat net a ainsi chuté de 34%, à 538 millions d’euros, poussant les analystes à revoir leurs estimations à la baisse. Cette dégradation des résultats a pesé sur le titre ces derniers mois, mais elle semble toutefois commencer à offrir une fenêtre d’achat intéressante compte tenu des avantages structurels dont dispose Ryanair face à ses concurrents.

Un modèle à très bas coûts difficile à reproduire

Le principal atout de Ryanair est son modèle à très bas coûts, qui lui donne une marge de manœuvre nettement supérieure à celle de ses concurrents. Comme toute compagnie aérienne, le groupe ne dispose pas réellement de pouvoir de fixation des prix puisque ses clients peuvent facilement arbitrer entre plusieurs opérateurs, mais il est capable de proposer des billets moins chers tout en restant rentable grâce à une structure de coûts difficile à reproduire.

Selon les comparaisons communiquées par Ryanair, son coût par passager hors carburant tourne autour de 36 euros, contre environ 65 euros chez Wizz Air et 90 euros chez easyJet, même si les différences méthodologiques imposent de prendre ces chiffres comme des ordres de grandeur. Cet avantage repose notamment sur une flotte largement standardisée, une utilisation élevée des appareils, une distribution essentiellement directe et une forte discipline sur les coûts aéroportuaires. À cela s’ajoutent des revenus annexes importants de 24 euros par passager au premier trimestre, soit près de la moitié du tarif aérien moyen.

Comparaison de Ryanair, Easyjet et Wizz Air Source : Présentation officielle de Ryanair
Comparaison de Ryanair, Easyjet et Wizz Air Source : Présentation officielle de Ryanair

Un bilan qui permet de rester offensif

Cette base de coûts plus faible devient surtout intéressante lorsque l’environnement se dégrade, car les mêmes pressions exogènes se font davantage ressentir sur les compagnies concurrentes, qui disposent de coûts plus élevés, d’une flotte davantage louée ou d’un bilan plus fragile. Ryanair a par ailleurs remboursé son dernier emprunt obligataire de 1,2 milliard d’euros en début d’année, disposant ainsi d’une trésorerie nette de 2,7 milliards d’euros fin juin, tandis que le groupe possède plus de 620 Boeing 737 non grevés.

Dans une industrie aussi cyclique, cette solidité financière et cet avantage de coûts sont particulièrement appréciables puisqu’ils permettent au groupe d’être plus résilient et de jouer agressif lorsque ses concurrents sont forcés de jouer défensifs.

Une flotte d’avions gérée comme du capital

Une autre force importante de Ryanair tient à la manière dont l’entreprise gère sa flotte d’avions comme du capital. Plutôt que de défendre des hubs ou des positions historiques, le groupe préfère déplacer ses appareils là où ils sont les plus rentables. Cet été, Ryanair a par exemple annoncé la suppression d’environ 3 millions de sièges dans plusieurs aéroports régionaux espagnols après une hausse proposée de 6,44% des redevances d’Aena, avec l’intention de redéployer une partie de cette capacité vers des marchés offrant de meilleures conditions économiques.

Cette flexibilité prend encore davantage de valeur dans un environnement difficile, puisqu’elle permet à Ryanair de continuer à investir ou à déplacer ses capacités pendant que les opérateurs les plus fragiles cherchent avant tout à préserver leurs marges et leur bilan.

La crise actuelle peut accélérer les gains de parts de marché à long terme

C’est précisément ce qui rend une période de crise potentiellement favorable à Ryanair sur le long terme. La faiblesse des tarifs peut peser sur les bénéfices pendant plusieurs trimestres, mais elle peut également pousser les compagnies les moins compétitives à réduire leur offre et permettre progressivement au groupe irlandais de gagner des parts de marché. Ryanair peut donc souffrir du cycle à court terme tout en renforçant sa position concurrentielle si les difficultés actuelles finissent par provoquer des réductions de capacités ailleurs dans le secteur.

Évidemment, le principal risque reste la faiblesse des tarifs. Les derniers résultats montrent bien que la croissance du trafic ne suffit pas lorsque les prix baissent et que les coûts augmentent. L’indicateur le plus important à surveiller au cours des prochains trimestres sera donc surtout l’écart entre l’évolution du revenu par passager et celle du coût par passager. Avec environ 216 millions de passagers attendus cette année, un simple mouvement de 1 euro du tarif moyen représente théoriquement plus de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, ce qui donne une idée du levier opérationnel du modèle. Une simple stabilisation des prix, associée à un ralentissement de l’inflation des coûts et à une réduction des capacités chez certains concurrents, pourrait donc suffire à améliorer rapidement les marges.

Une asymétrie qui redevient attractive sous 23 euros

Analyse de l'action Ryanair Source : Plateforme IG
Analyse de l'action Ryanair Source : Plateforme IG

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