À 18 fois les bénéfices attendus, Meta semble déjà payer le prix du scepticisme sur l’IA, sans encore valoriser pleinement son potentiel.
Meta Platforms est devenu en quelques trimestres l’un des hyperscalers les plus controversés de Wall Street, non pas parce que les investisseurs remettent réellement en cause la solidité de Facebook, Instagram ou WhatsApp, mais parce qu’ils s’interrogent de plus en plus sur l’utilisation des dizaines de milliards de dollars générés chaque année par ces plateformes.
Alors que le groupe multiplie les investissements dans les data centers, les puces et les capacités de calcul nécessaires à l’intelligence artificielle, tout en signant des chèques considérables pour attirer les meilleurs chercheurs du secteur, Meta prévoit désormais entre 125 et 145 milliards de dollars d’investissements en 2026, avec un retour sur investissement encore difficile à mesurer. Comme pour les autres hyperscalers, la principale inquiétude consiste donc à voir l’un des modèles économiques les plus rentables et les moins capitalistiques de la tech se transformer progressivement en activité beaucoup plus gourmande en capitaux, sans garantie que les rendements suivront.
Cette inquiétude est d’autant plus compréhensible que le souvenir du métavers reste encore présent dans les esprits. Meta avait déjà englouti plusieurs dizaines de milliards de dollars dans Reality Labs avant que Mark Zuckerberg ne réoriente brutalement la stratégie du groupe en 2022, ce qui nourrit naturellement les doutes sur la discipline avec laquelle seront évalués les retours sur les investissements actuels dans l’IA.
L’une des principales raisons pour lesquelles le marché pourrait toutefois se montrer trop pessimiste tient à un avantage dont peu d’acteurs disposent à une telle échelle : Meta possède déjà une base mondiale de plusieurs milliards d’utilisateurs intégrés à ses réseaux sociaux et à ses applications de messagerie. Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger lui donnent non seulement accès quotidiennement à une audience gigantesque, mais aussi à des millions d’annonceurs, tout en étant moins directement menacés par l’essor de l’IA générative que ne peut l’être, par exemple, le moteur de recherche traditionnel d'Alphabet ou la suite logiciels de Microsoft.
Cette puissance de distribution signifie que Meta peut intégrer une nouvelle fonctionnalité d’IA directement dans Instagram ou WhatsApp et l’exposer presque immédiatement à plusieurs milliards de personnes, sans avoir à reconstruire une base d’utilisateurs ni un écosystème commercial. Une telle position ouvre plusieurs voies de monétisation, allant d’une publicité plus performante aux assistants grand public, en passant par les agents commerciaux, WhatsApp Business ou encore des services destinés aux développeurs.
Le rendement de ces investissements ne relève d’ailleurs pas entièrement de la spéculation puisque l’IA semble déjà contribuer à améliorer les recommandations de contenus et le ciblage publicitaire. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires a bondi de 33 % sur un an, soit sa meilleure croissance depuis 2021, tandis que les impressions publicitaires ont progressé de 19 % et le prix moyen par publicité de 12 %. Autrement dit, une partie des dépenses actuelles ne finance pas uniquement des produits futurs : elle renforce déjà la capacité de Meta à mieux monétiser ses plateformes existantes.
Cette combinaison entre un cœur de métier déjà extrêmement rentable et une forte optionalité liée à l’IA distingue Meta de nombreuses valeurs directement exposées au boom des infrastructures. Si cette vague d’investissement débouche sur de nouveaux produits rentables, le groupe pourra cumuler croissance publicitaire, nouvelles sources de revenus et économies liées à ses propres infrastructures. Son accélérateur maison Iris doit notamment entrer en production en septembre afin de réduire progressivement sa dépendance aux GPU externes, alors que Meta vise environ 14 GW de capacité de calcul en 2027.
Même dans un scénario moins favorable, où la course à l’IA ralentirait ou où les rendements des investissements se révéleraient inférieurs aux attentes, la situation ne serait pas nécessairement catastrophique pour le groupe. Meta conserverait un business publicitaire extrêmement rentable et pourrait progressivement modérer son effort d’investissement afin de réorienter davantage de cash vers les bénéfices, les dividendes ou les rachats d’actions. Cette flexibilité offre une porte de sortie que ne possèdent pas forcément les acteurs dont l’essentiel de la valorisation repose déjà sur la poursuite du boom des infrastructures IA.
Cette incertitude autour du rendement des investissements commence désormais à se refléter clairement dans la valorisation, puisque Meta se négocie autour de 18 fois les bénéfices attendus alors que le chiffre d’affaires est encore anticipé en hausse d’environ 26 % en 2026 puis de 20 % en 2027. Un tel multiple suggère que le marché intègre déjà une partie significative du risque lié à l’explosion des dépenses dans l’IA et à une détérioration durable de la conversion des bénéfices en cash.
L’intérêt du dossier réside précisément dans ce décalage entre un risque d’exécution désormais largement identifié par les marchés et un scénario de réussite qui semble loin d’être reflété dans le cours.
Dans notre scénario central, où la croissance reste solide et où l’intensité des investissements commence progressivement à plafonner, nous valorisons Meta autour de 710 à 725 dollars, soit environ 630 à 640 euros au taux de change actuel et près de 20 % au-dessus des niveaux actuels. Un scénario plus favorable, combinant nouvelles sources de revenus liées à l’IA, amélioration de la monétisation et détente sur le CapEx, pourrait porter le titre vers 925 à 950 dollars, soit environ 820 à 840 euros.
À l’inverse, si les dépenses demeurent durablement élevées sans amélioration suffisante du retour sur capital, un scénario baissier pourrait ramener la valorisation vers 480 dollars, soit environ 425 euros. L’enjeu central n’est donc plus vraiment de savoir si Meta peut continuer à croître, mais plutôt si les milliards investis aujourd’hui dans l’intelligence artificielle finiront par générer suffisamment de revenus, de gains de productivité et de marges supplémentaires pour justifier cette nouvelle intensité capitalistique.
Avertissement : IG fournit exclusivement un service d’exécution d’ordres. Les informations ci-dessus sont issues d’un prestataire externe et ne sont fournies qu’à titre indicatif. Elles ne constituent pas un historique de nos cotations. IG se dégage de toute responsabilité concernant l’utilisation qui en est faite et des conséquences qui en résultent. IG ne peut garantir que l’information fournie ci-dessus soit complète ou exacte et se dégage donc de toute responsabilité quant aux risques encourus par toute personne agissant sur la seule base de ces informations. Veuillez noter que ces informations ne prennent nullement en compte la situation financière et les objectifs d’investissement spécifiques aux personnes qui les reçoivent. Enfin, ces informations n’ont pas été conçues pour répondre aux exigences légales en matière d’indépendance de la recherche sur l’investissement. Il est strictement interdit de reproduire ou de distribuer tout ou partie de ces informations à des fins commerciales ou privées.
Toute opinion, annonce, recherche, analyse ou autre information et tous prix ci-dessus sont fournis par Valentin Aufrand à titre de recommandation générale, rédigés et/ou validés et n’ont pas valeur de conseil d’investissement personnalisé et/ou individuel. Valentin Aufrand ne saurait être tenu responsable de toute perte ou tout dommage, incluant sans limitation des pertes de gain, qui pourrait découler directement ou indirectement de l’utilisation ou de la prise en compte d’une telle information. Le contenu de cette analyse est fourni dans le seul but d’aider les investisseurs à prendre des décisions d’investissement indépendantes. Valentin Aufrand a pris toute mesure raisonnable pour s’assurer de la précision de l’information dans ses analyses et ne sera pas tenu responsable de toute perte ou tout dommage résultant directement ou indirectement du contenu.