Trois ans de baisse sur fond de ralentissement macro
L’enthousiasme des investisseurs envers le géant français du luxe s’est largement atténué ces derniers temps. Il faut dire que l'action LVMH Moet Hennessy Louis Vuitton SA a corrigé d’environ 40 %, passant d’environ 900 € à environ 450 €. Mais surtout, cette correction s’est installée dans la durée, sur près de trois ans, multipliant les faux espoirs de reprise.
Ce « bear market » de plusieurs années s’explique avant tout par la macroéconomie. Après plusieurs années de reprise post-Covid, marquées par une forte consommation des ménages, le ralentissement des marchés de l’emploi à travers le monde et la normalisation des politiques monétaires ont progressivement pesé sur la consommation discrétionnaire. Cette correction n’est d’ailleurs pas propre à LVMH. Elle touche aussi les autres géants du secteur, y compris Hermès, pourtant considéré comme le groupe le plus haut de gamme et donc le moins vulnérable à la conjoncture économique. Son titre recule lui aussi d’environ 40 %, mais sur une période bien plus courte, à peine un an.
Cela dit, cette baisse n’aurait probablement pas été aussi violente si le marché n’avait pas accordé au titre une valorisation aussi élevée au départ. Lors de son record, autour de 900 € début 2023, LVMH s’échangeait à environ 5 fois les ventes prospectives des douze prochains mois, contre une moyenne d’environ 3x sur les dix années précédentes.
Aujourd’hui, cette moyenne sur dix ans se situe plutôt autour de 3,5x, tandis que le titre s’échange à environ 2,8x. Le forward Price/Earnings, qui compare la capitalisation boursière aux bénéfices prospectifs des douze prochains mois, est lui aussi historiquement bas, autour de 20x. C’est non seulement inférieur à la moyenne des dix dernières années, située autour de 24,5x, mais aussi environ un écart-type en dessous de cette moyenne.
Le balancier semble donc être passé d’un extrême à l’autre. La valorisation est redevenue historiquement faible sur le titre. Cela ne garantit pas le début d’un retournement haussier, mais cela suggère qu’une grande partie des catalyseurs négatifs est déjà intégrée dans les cours.
Évidemment, la situation macro restera cruciale pour l’évolution du titre, surtout avec ce qui se passe au Moyen-Orient. Plus les prix de l’énergie montent, plus le pouvoir d’achat consacré aux dépenses discrétionnaires risque de se contracter. En parallèle, cela augmente aussi la probabilité d’un nouveau cycle de resserrement monétaire de la part des banques centrales, ce qui exercerait une pression supplémentaire à la fois sur les consommateurs et sur les multiples de valorisation.
Pour autant, derrière cette forte compression des multiples, LVMH reste une entreprise aux fondamentaux rarement égalés en Europe. Le groupe ne repose ni sur une seule marque ni sur une seule géographie, mais sur 75 maisons. Surtout, il continue de générer beaucoup de cash dans un environnement pourtant défavorable. En 2025, LVMH a encore réalisé 80,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 17,8 milliards d’euros de résultat opérationnel courant et 11,3 milliards d’euros de free cash-flow opérationnel. La division Mode et Maroquinerie, qui reste le cœur économique du groupe, a généré à elle seule 37,8 milliards d’euros de ventes et 13,2 milliards d’euros de résultat opérationnel courant.