Legrand offre une exposition indirecte à l’IA via les composants électriques critiques des datacenters, avec une valorisation moins exigeante que certains pairs.
Longtemps associé aux prises, interrupteurs, tableaux électriques et solutions de gestion du bâtiment, Legrand est aujourd’hui un acteur beaucoup plus stratégique qu’il n’y paraît dans la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. Le groupe s’est progressivement imposé comme un fournisseur clé d’infrastructures électriques et numériques pour les centres de données, avec une présence dans la distribution d’énergie, les racks, les unités intelligentes de distribution électrique, les chemins de câbles, la connectivité fibre et les systèmes de supervision. En 2025, les activités liées aux datacenters représentaient déjà 26% du chiffre d’affaires, ce qui change la lecture du dossier.
Deux industries ressortent déjà clairement comme gagnantes de l’IA : les semiconducteurs et les composants électriques. Les modèles d’intelligence artificielle ne nécessitent pas seulement plus de puces graphiques, de mémoire HBM ou de capacités de calcul, mais une infrastructure physique capable d’absorber une densité électrique beaucoup plus élevée. Dans un datacenter classique, les racks consomment souvent quelques kilowatts à quelques dizaines de kilowatts ; dans les datacenters IA, ils peuvent dépasser plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de kilowatts.
Cette hausse change l’architecture électrique. À puissance donnée, une tension trop basse implique davantage de courant, donc plus de pertes, plus de chaleur, plus de cuivre et des câbles plus volumineux. L’industrie évolue donc vers des architectures à plus haut voltage, notamment autour de 800V en courant continu, afin de réduire l’intensité et d’améliorer l’efficacité. À mesure que les racks deviennent plus puissants, la contrainte se déplace vers la distribution, la protection, la supervision et le refroidissement de l’énergie.
Legrand intervient précisément dans cette couche moins visible, mais indispensable, de l’écosystème. Le groupe fournit notamment des « rack Power Distribution Units », c’est-à-dire des unités de distribution électrique installées directement dans les racks de serveurs. Ces équipements permettent d’alimenter les serveurs, mais aussi de mesurer, surveiller et optimiser la consommation électrique au niveau du rack, voire parfois au niveau de chaque prise.
Le groupe est également présent dans les « busways », des systèmes modulaires de distribution électrique qui transportent le courant dans les salles informatiques. Contrairement à une architecture électrique plus rigide, ces systèmes permettent d’ajouter, déplacer ou redimensionner plus facilement la capacité électrique à mesure que les besoins évoluent.
Cette exposition a été renforcée par une stratégie d’acquisitions ciblées. Legrand a racheté plusieurs sociétés spécialisées dans l’infrastructure des datacenters, dont Keydak dans les racks en Chine, TES dans la distribution électrique au Royaume-Uni, Green4T au Brésil et Kratos aux États-Unis. Ces opérations montrent que le groupe cherche à élargir son offre autour de l’alimentation critique, des racks, de la gestion électrique et des solutions directement adjacentes aux serveurs.
Sur le plan financier, le dossier conserve les qualités habituelles d’un industriel premium. Legrand combine une croissance organique solide, une contribution régulière des acquisitions, des marges élevées et une génération de trésorerie robuste. En 2025, le groupe a publié une croissance organique de 7,7%, une marge opérationnelle ajustée de 20,7% et un free cash-flow supérieur à 1,3 milliard d’euros. Pour 2026, la direction vise encore une croissance des ventes de 10% à 15% hors effets de change, dont 4% à 7% en organique. Cette trajectoire reste nettement supérieure à celle d’un simple équipementier électrique cyclique.
Cette qualité se répercute évidemment dans la valorisation, puisque Legrand se traite autour de 26 fois les bénéfices attendus 2027. Mais la comparaison avec ses concurrents de l’infrastructure IA laisse à penser à une marge de revalorisation encore présente, puisque Vertiv, probablement le leader actuel de l’industrie, se traite à 40 fois ses bénéfices de 2027 et Eaton 29 fois.
Techniquement, le titre évolue en dents de scie depuis plusieurs mois alors que ses deux principaux concurrents ont continué à progresser. L’action Legrand semble former un triangle ascendant, mais revient tester la borne haute de celui-ci. Une sortie par le haut de ce triangle pourrait donc marquer le début d’un nouveau rallye haussier et de revalorisation du titre à environ 30 fois les bénéfices attendus.
Pour les investisseurs qui souhaitent s’exposer au thème de l’IA sans acheter directement les semi-conducteurs ou les valorisations sont encore plus chères, Legrand offre un profil intermédiaire intéressant. Le titre combine qualité bilancielle, exposition structurelle à l’électrification, discipline opérationnelle et montée en puissance dans les datacenters. Le potentiel n’est plus celui d’une valeur ignorée, mais le dossier conserve un attrait si la demande en infrastructures électriques liées à l’IA continue de surprendre à la hausse.
La prochaine étape sera la publication des résultats du premier trimestre, attendue jeudi 7 mai, qui servira de test important pour la thèse. Le marché cherchera surtout à vérifier si la croissance organique reste proche du haut de la fourchette annuelle de 4% à 7%, si la dynamique des datacenters continue de tirer l’Amérique du Nord et si les acquisitions récentes commencent déjà à contribuer comme prévu. La guidance 2026 publiée en février vise une croissance des ventes de 10% à 15% hors effets de change, dont 6% à 8% liés aux acquisitions, un niveau supérieur aux attentes initiales de certains analystes. Le risque est donc moins celui d’une faiblesse immédiate des fondamentaux que celui d’un titre déjà bien valorisé, qui devra confirmer rapidement que l’IA reste un moteur tangible de croissance et pas seulement un thème de marché.
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