Entre faible valorisation, composition cyclique et catalyseurs crédibles de re-rating, le MSCI Latin America offre une opportunité de diversification intéressante.
Alors que les portefeuilles mondiaux deviennent de plus en plus concentrés sur la tech américaine, l’ETF MSCI EM Latin America offre une exposition décotée, cyclique et moins consensuelle, avec un potentiel de diversification et de re-rating intéressant.
L’intérêt de cette exposition apparaît d’abord dans la composition de l’indice, très différente de celle des grands benchmarks actions mondiaux. Le MSCI EM Latin America reste fortement concentré sur le Brésil, qui représente environ 62% de l’indice, devant le Mexique à près de 25%, puis le Chili, le Pérou et la Colombie. L’ETF est donc avant tout un véhicule d’exposition au Brésil, complété par une diversification régionale utile. Ses secteurs dominants — financières, matériaux et énergie — lui donnent un profil très éloigné d’un MSCI World ou d’un S&P 500 dominé par les grandes valeurs technologiques américaines.
Pour un investisseur déjà très exposé aux mégacaps américaines, cette structure peut jouer le rôle d’une poche de diversification géographique, sectorielle et factorielle. La valorisation renforce cet argument, puisque les grands marchés latino-américains continuent de se traiter sur des multiples inférieurs à ceux des principaux indices actions développés. Cette décote reflète des risques réels — volatilité politique, devises émergentes, dépendance aux matières premières et sensibilité aux taux américains — mais elle laisse aussi de la place à un re-rating si les investisseurs révisent à la baisse la prime de risque exigée sur la région.
Au-delà de la valorisation, ce qui rend la thèse plus spécifique est le changement progressif du décor politique en Amérique latine. Après l’élection de Javier Milei en Argentine en 2023, puis celle de José Antonio Kast au Chili en décembre 2025, une partie des investisseurs surveille la possibilité d’un virage régional plus favorable aux politiques pro-entreprises, à la discipline budgétaire et à la relance de l’investissement privé. En Argentine comme au Chili, l’arrivée au pouvoir de candidats perçus comme plus favorables au marché a initialement été bien accueillie par les actifs locaux, en raison d’anticipations de dérégulation, de réduction des dépenses publiques et de normalisation macroéconomique.
Avec le premier tour de l’élection présidentielle ce week-end, la Colombie constitue le prochain test politique de ce changement régional. Selon le dernier sondage AtlasIntel cité par Reuters, Iván Cepeda, candidat de gauche proche de la continuité avec Gustavo Petro, arrive légèrement en tête au premier tour avec 38,7% des intentions de vote, devant Abelardo de la Espriella, candidat indépendant de droite et pro-marché, à 37,3%. En revanche, dans l’hypothèse d’un second tour, De la Espriella est projeté vainqueur face à Cepeda, avec 50% contre 41,3%.
Pour l’ETF, une victoire ou une dynamique favorable à De la Espriella aurait donc moins d’effet par le poids direct de la Colombie que par le message envoyé aux investisseurs avant l’élection brésilienne d’octobre. Le Brésil représente plus de 60% de l’indice, ce qui en fait le véritable moteur de la thèse. Si les élections colombiennes confirment l’idée d’un déplacement politique régional vers des programmes plus favorables aux marchés, elle pourrait renforcer l’attention portée au scrutin brésilien, où la trajectoire budgétaire, la crédibilité économique et le positionnement vis-à-vis du secteur privé restent des sujets de préoccupations pour les investisseurs internationaux.
Dans ce contexte, la décote persistante du Brésil et de la Colombie face aux autres grands marchés latino-américains devient un élément central de l’opportunité. Les données MSCI font ressortir un ratio cours/bénéfices de 10,31 fois pour l’indice MSCI Colombia et de 10,82 fois pour l’indice MSCI Brazil, contre 14,88 fois pour le Chili, 15,79 fois pour le Mexique et 16,45 fois pour le Pérou. Même si cette décote s’explique en partie par des risques politiques, fiscaux et de change plus élevés, elle constitue aussi le principal levier de re-rating si le scénario politique régional devient plus lisible.
Techniquement, le changement de paradigme en cours en Amérique latine est de plus en plus visible, avec le franchissement en début d’année d’une résistance en place depuis plus de dix ans à environ 17e sur l’ETF iShares MSCI EM Latin America.
Pour un investisseur à la recherche d’une poche satellite de diversification, l’ETF MSCI EM Latin America combine donc plusieurs caractéristiques utiles dans un portefeuille aujourd’hui très dépendant à quelques valeurs de la tech. Sa valorisation reste raisonnable, son exposition sectorielle est distincte de celle des indices américains, sa pondération brésilienne lui donne un catalyseur clair et le calendrier politique pourrait modifier la perception du risque régional.
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