La première raison de s’y intéresser est l’exposition aux data centers, et surtout la nature de cette exposition. Le management explique que la demande “data centers” tire plusieurs segments clés (Communications, Infrastructure Solutions et Commercial & Industrial). Ici, la différence se fait sur le terrain : savoir recruter et organiser les équipes, respecter les plannings, coordonner des sous-traitants, et choisir les projets qui permettent de garder de bonnes marges. Quand un client construit un site critique, il préfère souvent un prestataire fiable, même un peu plus cher, plutôt qu’un prestataire “low cost” qui risque de prendre du retard ou de mal exécuter. Une société qui livre bien peut donc récupérer davantage de projets chez les mêmes clients, année après année.
La deuxième raison est la visibilité sur l’activité future. IES publie deux indicateurs : les Remaining Performance Obligations (RPO), qui correspondent aux revenus déjà signés et contractualisés selon les règles comptables, et un backlog plus large, qui englobe aussi d’autres projets attendus. Au 31 décembre 2025, les RPO atteignent environ 1,8 Md$ et le backlog environ 2,6 Md$, en hausse par rapport au 30 septembre 2025. Cela donne une idée plus concrète de ce qui est déjà “dans les tuyaux”. Le vrai sujet devient alors moins “est-ce que la demande existe ?” que “combien de temps elle va durer, et à quel niveau de rentabilité”.
La troisième raison est la montée en puissance progressive grâce aux acquisitions. IES a finalisé l’achat de Gulf Island en janvier 2026, pour une valeur des fonds propres de 192 M$ (environ 152 M$ après prise en compte de la trésorerie acquise), financée par un mélange de cash et de dette court terme via une ligne bancaire. Cette opération renforce le segment Infrastructure Solutions avec des capacités industrielles et de fabrication. Dans les data centers, les retards ne viennent pas seulement du manque de matériel. Ils viennent aussi du manque de capacité à fabriquer, assembler et livrer certains éléments clés. Plus IES peut faire en interne, plus elle contrôle les délais, la qualité, et peut se positionner sur des projets plus complets et plus techniques, où il y a moins de concurrence “au rabais”.
La quatrième raison est l’alignement, qui est rare. Jeffrey Gendell détient environ 53% du capital, et le CEO Matt Simmes environ 1,59%. Cela ne garantit pas que tout se passera bien, mais cela rend plus probable que les décisions importantes soient prises avec une logique simple : créer de la valeur par action, et pas seulement faire grossir l’entreprise.
Une asymétrie moins évidente au cours actuel
La thèse haussière a néanmoins des menaces. La première serait un ralentissement plus net que prévu des investissements dans les data centers. La deuxième est le risque d’exécution, car IES reste un métier de chantiers : si la main d’œuvre manque, si les coûts augmentent trop vite, ou si un gros projet dérape, les marges peuvent se dégrader.
Au prix actuel (voir graphique), IES ressemble davantage à une valeur de qualité déjà bien appréciée qu’à une valeur “en retard”. Avec un bénéfice par action récent autour de 16–18 $ (ordre de grandeur), le titre se paie environ 27 à 30 fois les bénéfices. C’est une valorisation qui suppose que tout continue de très bien se passer. Dans ce contexte, le risque principal n’est pas que l’entreprise s’effondre, mais que la Bourse devienne moins enthousiaste et accepte de payer moins cher chaque dollar de bénéfice, même si l’activité reste bonne.
A mon avis, il sera préférable d’attendre une phase d’incertitudes du marché avec un retour dans la zone des 300–340 $ (260–300 €) pour se positionner à l’achat. À ces niveaux, la valorisation retomberait plutôt vers 18 à 20 fois les bénéfices, ce qui laisserait plus de marge d’erreur. Le couple risque/rendement redeviendrait nettement plus intéressant.