Le titre a déjà atteint notre premier objectif, mais l’accélération des volumes et l’amélioration du ROE pourraient ouvrir une nouvelle phase de hausse.
Lorsque nous nous étions intéressés à LendingClub en avril, la thèse était simple : le marché continuait de valoriser le groupe comme une plateforme de prêts en ligne, alors que l’acquisition de Radius Bank l’avait transformé en banque digitale de type marketplace.
Trois mois plus tard, LendingClub est devenu Happen Bank, a transféré sa cotation sur le Nasdaq et a atteint le premier objectif de cours fixé autour de 18 dollars. Le titre a donc commencé à être revalorisé, mais ses derniers résultats suggèrent que cette transformation pourrait encore être incomplètement reflétée dans le cours.
Pour rappel, Happen (LendingClub) accorde principalement des prêts personnels à des consommateurs disposant généralement de revenus élevés et d’un bon profil de crédit. Ces prêts servent notamment à refinancer des encours de cartes de crédit, dont les taux sont souvent beaucoup plus élevés. Grâce à sa licence bancaire fraichement acquise, Happen peut désormais financer une partie de sa production avec les dépôts de ses clients, puis conserver les crédits les plus attractifs dans son bilan ou les revendre à des banques et à des investisseurs institutionnels.
Au premier trimestre, les originations ont progressé de 31 % sur un an, à 2,67 milliards de dollars, tandis que le chiffre d’affaires net a augmenté de 16 %, à 252 millions. Le bénéfice par action a plus que quadruplé, passant de 0,10 à 0,44 dollar, et le rendement des capitaux propres tangibles a atteint 14,5 %, contre seulement 3,7 % un an auparavant.
Ces résultats commencent à valider le principal argument de notre précédente analyse consacrée à LendingClub, qui estimait que le passage des nouveaux prêts conservés du modèle « CECL » à la « Fair Value Option » pouvait réduire la friction comptable pesant sur les bénéfices, améliorer le ROE et provoquer un double effet favorable. D’un côté, un meilleur ROE pourrait justifier un « Price-to-Book » plus élevé, de l’autre, une rentabilité plus lisible pourrait entraîner des révisions haussières du bénéfice par action.
Ce mécanisme semble désormais enclenché, même s’il faut éviter de confondre amélioration comptable et création de valeur économique. La « Fair Value Option » supprime la provision initiale imposée par le « CECL » et accélère donc la reconnaissance de certains revenus, mais elle ne fait pas disparaître les futures pertes sur crédits. Le BPA publié est certes devenu plus favorable, mais également plus cyclique selon les variations des taux d’actualisation et des anticipations de défaut.
Le prochain moteur potentiel est désormais opérationnel. Happen prévoit entre 3 et 3,1 milliards de dollars d’originations au deuxième trimestre, puis entre 11,6 et 12,6 milliards sur l’ensemble de 2026. Le franchissement durable du seuil des 3 milliards par trimestre montrerait que l’amélioration des résultats ne dépend pas seulement d’un changement comptable, mais également d’une véritable accélération des volumes. Les résultats du T2 sont attendus lundi prochain (27 juillet).
Son modèle « marketplace de prêts » donne au groupe une certaine flexibilité. La demande institutionnelle pour les prêts entiers et les certificats structurés lui permet de revendre une partie de sa production, de générer des commissions et de limiter le capital immobilisé dans son bilan. Dans le même temps, la baisse du coût des dépôts a contribué à porter la marge nette d’intérêt à 6,28 %, tandis que le taux de pertes nettes sur crédits est revenu de 6,1 % à 3,5 %.
Happen commence par ailleurs à élargir son terrain de jeu avec son partenariat avec Wisetack, qui lui ouvre le marché du financement des travaux de rénovation, et les prêts aux petites entreprises, qui offrent un autre relais de croissance. Ces activités sont encore trop récentes pour jouer un rôle déterminant dans les résultats, mais elles pourraient réduire progressivement la dépendance au refinancement des cartes de crédit.
La valorisation est moins décotée qu’en avril. Autour de 19 dollars / 17 euros, Happen se traite à près de 11 fois les bénéfices attendus en 2026, contre environ 7 fois lors de notre précédente analyse, et à près de 1,5 fois sa valeur comptable tangible.
Le titre n’a toutefois pas besoin de retrouver les multiples parfois excessifs accordés aux fintechs pour conserver du potentiel. Sur la base du consensus d’environ 2,35 dollars de bénéfice par action en 2027, un multiple encore raisonnable de 10 à 10,5 fois ferait ressortir une valorisation comprise entre 23,50 et 24,70 dollars.
Une revalorisation vers 24 à 25 dollars paraît donc défendable si Happen maintient une croissance supérieure à 20 % des originations, une qualité de crédit stable et un rendement des capitaux propres tangibles compris entre 15 et 17 %. Dans un scénario plus favorable, un BPA proche de 2,60 dollars et un multiple de 12 fois pourraient porter le titre autour de 30 dollars.
Comme nous le soulignions en avril, Happen ne doit cependant pas être considéré comme un « compounder » défensif. Il reste un titre très cyclique, très dépendant de l’emploi américain, des taux directeurs et des défauts des consommateurs.
Sur le plan technique, l’action Happen est à un niveau critique puisqu’elle revient tester la résistance en place depuis la fin 2024 à environ 18€. Le titre semble former un triangle ascendant depuis cette période, ce qui donne davantage de poids à un retournement haussier. Un net franchissement de la résistance à 19€ ouvrirait la voie à une nouvelle jambe de hausse importante tandis qu’une sortie par le bas du triangle ouvrirait la voie à une retournement baissier.
Etant donné la sensibilité extrêmement importante de l’entreprise aux cycles économiques, les perspectives de taux et économiques aux Etats-Unis auront une influence importante sur la tendance de court et moyen terme. Un virage très hawkish de la Fed ou une dégradation du marché de l’emploi pèserait sur le titre et inversement.
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