Ensuite, la qualité des entreprises sous-jacentes offre une visibilité peut-être incomparable. Le secteur est porté par des carnets de commandes déjà exceptionnellement remplis. BAE Systems a terminé 2025 avec un carnet de commandes record d’environ 84 milliards de livres. Thales a affiché plus de 25 milliards d’euros de prises de commandes en 2025. Leonardo a publié 23,8 milliards d’euros de nouvelles commandes, en hausse de 15%, tout en réduisant nettement son endettement net. Saab a fini l’année avec un backlog de 274,5 milliards de couronnes suédoises. Rheinmetall, enfin, vise encore une croissance de chiffre d’affaires de 40% à 45% en 2026, avec un carnet de commandes de 63,8 milliards d’euros. Et ces carnets de commandes semblent présenter davantage de chances d’être révisés à la hausse qu’à la baisse…
L’autre argument, sans doute le plus important à moyen terme, est politique et stratégique. L’Europe ne veut plus dépendre autant des États-Unis pour sa sécurité. L’OTAN a indiqué que les alliés européens et le Canada avaient augmenté leurs dépenses de défense de 20% en termes réels en 2025. Et, dans le même temps, l’administration Trump menace de plus en plus clairement d’un désengagement américain vis-à-vis de l’OTAN. Si ce divorce se confirmait, les entreprises d’armement américaines devraient être perdantes, car les Etats européens devraient logiquement décider de dépenser une plus grande partie de leurs budgets dans les entreprises européennes par question de souveraineté.
Au-delà de ces facteurs, un ETF de défense est aussi intéressant parce qu’il apporte une diversification réelle dans un portefeuille d’actifs risqués. Les moteurs de performance du secteur ne sont pas les mêmes que ceux du luxe, de la consommation, de la tech ou de l’immobilier. En plus d’être soutenu par des fondamentaux de long terme, ce type d’ETF peut aussi jouer à plus court terme un rôle de stabilisateur relatif en période de montée des tensions géopolitiques. Lorsque les tensions géopolitiques montent soudainement et que les marchés boursiers corrigent, ce secteur a plus de chances de surperformer.
Un bon actif de diversification, mais pas forcément un achat à n’importe quel prix
Vient toutefois la question de « l’asymétrie ». Le thème est porteur, les entreprises sont solides, la visibilité est réelle, mais le marché me semble avoir déjà largement intégré ces éléments dans les prix. Reuters rappelait récemment que le STOXX Europe Total Market Defense avait progressé de plus de trois fois la performance du marché européen sur douze mois, tandis que les flux vers les ETF défense avaient atteint des records en janvier. Dit autrement, on n’est plus face à un pari non-consensuel. On est face à une thématique désormais bien identifiée, largement suivie et déjà fortement revalorisée.
À mes yeux, cet ETF reste donc intéressant d’un point de vue stratégique, mais moins évident d’un point de vue tactique au cours actuel. En pratique, j’attendrais plutôt un retour sous 3,40 €, soit une baisse d’environ 10% par rapport au prix actuel, pour redevenir acheteur. Ce type de respiration est fréquent quand les tensions géopolitiques se calment temporairement. Aujourd’hui, c’est donc un bon actif à surveiller de près, mais pas forcément celui qui offre le meilleur couple rendement/risque pour un investisseur attentif à son prix d’entrée.