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Abivax (ABVX) : faut-il se positionner sur la biotech après la dévisse du titre ?

L’ancien CommScope a effacé sa dette, redistribué du cash et conserve une activité Aurora que le marché valorise encore faiblement malgré l’amélioration de sa trajectoire opérationnelle..

Achat ABIVAX Source : Bloomberg

Écrit par

Valentin Aufrand

Valentin Aufrand

Analyste indépendant

Date de publication

Les points clés de l’article

  • Abivax a brutalement corrigé malgré des données d’efficacité solides en maintenance, les investisseurs se focalisant sur les cas de cancers rapportés dans le dosage à 50 mg.
  • Une lecture plus fine des données suggère que tous les événements de sécurité ne portent pas le même poids clinique, tandis que le dosage à 25 mg pourrait préserver une partie importante de la thèse d’investissement.
  • Après la chute, la valorisation redevient plus attractive au regard des grandes transactions récentes dans les maladies inflammatoires de l’intestin, mais le dossier reste spéculatif.

Un succès clinique éclipsé par la peur du mot « cancer »

Après avoir fortement progressé la semaine dernière dans l’anticipation des données de maintenance de son principal candidat médicament, la biotech favorite de la Bourse de Paris a brutalement corrigé de près de 50 % en début de semaine après la publication des résultats de l’étude. Pour rappel, ABIVAX développe obefazimod, un traitement oral destiné notamment à la rectocolite hémorragique, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin.

Les données d’efficacité se sont avérées solides, avec 50,8 % de rémission clinique à 44 semaines pour obefazimod 25 mg et 51,3 % pour obefazimod 50 mg, contre 10,4 % sous placebo. Néanmoins, les investisseurs ont préféré se concentrer sur les quelques cas de cancers rapportés dans le bras de dosage le plus élevé, ce qui a suffi à faire basculer la narration du dossier d’un succès clinique vers un débat de sécurité.

Le marché semble avoir traité l’ensemble des observations comme des cas de cancer présentant tous le même niveau de gravité, alors qu’elles ne portent pas toutes le même poids clinique. Adam May, médecin et investisseur particulièrement suivi sur le dossier Abivax, a justement souligné que l’interprétation de ces données devait être beaucoup plus granulaire. Selon lui, le marché a eu tort de raisonner comme si les sept observations mentionnées dans le tableau correspondaient à sept cancers comparables, alors que les seuls cas réellement importants pour l’analyse médicale et réglementaire seraient surtout le cancer du sein et le cancer de la prostate.

Résultats de l'étude de maintenance ABIVAX Juin 2026 Source : Présentation officielle de ABIVAX
Résultats de l'étude de maintenance ABIVAX Juin 2026 Source : Présentation officielle de ABIVAX

La dysplasie colique est listée dans le tableau de sécurité, mais il s’agit d’une lésion précancéreuse et non d’un cancer invasif constitué. Elle doit évidemment être surveillée, surtout dans une population atteinte de maladie inflammatoire chronique de l’intestin, mais la placer mécaniquement dans la même catégorie qu’un cancer invasif peut conduire à surestimer le signal. Dans le même esprit, les cancers cutanés non mélanocytaires sont souvent traités séparément dans les essais cliniques, car leur gravité, leur pronostic et leur prise en charge sont généralement très différents de ceux d’un cancer du sein, d’un cancer de la prostate ou d’un cancer colorectal invasif.

Cette distinction est importante, car le marché a probablement réagi au mot “cancer” avant d’analyser la nature des événements. Adam May rappelle également que les cancers cutanés non mélanocytaires sont extrêmement fréquents, souvent liés à l’âge et généralement traités par des procédures locales simples. Cela ne signifie pas qu’ils doivent être ignorés, mais qu’ils ne doivent pas être assimilés sans nuance à un signal de malignité grave. Si l’on retire la dysplasie colique, qui n’est pas un cancer constitué, puis que l’on distingue les cancers cutanés non mélanocytaires des cancers invasifs plus sérieux, l’analyse se concentre principalement sur deux cas, un cancer du sein et un cancer de la prostate.

Là encore, il faut rester prudent, mais deux cas isolés ne démontrent pas, à eux seuls, un lien de causalité avec le traitement, surtout lorsque les investigateurs les considèrent comme non liés au médicament. Cet argument est renforcé par le fait qu’il s’agit de deux des cancers les plus fréquents dans la population générale, et par l’absence apparente de signal comparable dans le bras à faible dose.

Le dosage faible de 25 mg préserve la thèse d’investissement

Ce point est d’autant plus important que le dosage le plus faible semble conserver une efficacité très proche du dosage supérieur, avec un profil de tolérance plus rassurant. Autrement dit, le scénario commercial d’obefazimod pourrait très bien se construire autour du dosage faible si celui-ci est confirmé comme la meilleure combinaison entre efficacité et tolérance.

En comparaison indirecte, obefazimod affiche une efficacité de maintenance proche des meilleurs standards du secteur, notamment Rinvoq, même si les essais n’ont pas été conduits en face-à-face et doivent donc être comparés avec prudence. Rinvoq présente toutefois un profil de sécurité nettement plus encadré sur le plan réglementaire, avec plusieurs avertissements importants sur les infections graves, la mortalité, les événements cardiovasculaires, les thromboses et les malignités. Le marché semble donc valoriser un scénario très pénalisant pour Abivax, alors que le dosage de 25 mg combine une efficacité parmi les meilleures observées en maintenance et, à ce stade, un profil de tolérance moins problématique que celui du dosage supérieur.

Résultats de l'étude de maintenance ABIVAX Juin 2026 Source : Présentation officielle de ABIVAX
Résultats de l'étude de maintenance ABIVAX Juin 2026 Source : Présentation officielle de ABIVAX

La communication d’Abivax n’a probablement pas aidé. La société semble avoir sous-estimé la sensibilité du marché au mot “cancer” et aurait dû arriver avec une explication plus claire sur la nature des événements, leur chronologie, leur gravité et leur éventuelle relation avec le traitement. Au vu de la réaction du marché, il ne serait pas surprenant que la direction passe désormais du temps à clarifier les cas de cancers, notamment en détaillant davantage les deux cas réellement importants, ainsi que les données des patients supplémentaires exposés au 50 mg hors analyse principale.

Une valorisation revenue sous les grands comparables du secteur

La valorisation doit être regardée avec les comparables de fusions-acquisitions dans les maladies inflammatoires de l’intestin. Pfizer a racheté Arena Pharmaceuticals, qui développait etrasimod, pour environ 6,7 milliards de dollars. Celgene avait racheté Receptos, qui développait ozanimod, pour environ 7,2 milliards de dollars. Merck a payé environ 10,8 milliards de dollars pour Prometheus Biosciences, tandis que Roche a acquis des droits importants sur Telavant pour plus de 7 milliards de dollars.

Après la chute, Abivax se traite à une valorisation redevenue inférieure ou proche des bornes basses de ces transactions, alors que son actif principal a franchi des étapes cliniques plus avancées que plusieurs candidats rachetés plus tôt. C’est ce décalage entre la valorisation actuelle d’Abivax et les précédentes transactions du secteur qui me semble redonner une asymétrie positive à la biotech française.

À court terme, le titre devrait rester très sensible aux détails de tolérance, aux commentaires scientifiques, aux signaux réglementaires et à la publication éventuelle de données complémentaires sur les patients exposés au dosage de 50 mg. Si ces données supplémentaires ne confirment pas un excès clair d’événements graves, la narration des investisseurs pourrait sensiblement s’améliorer. En revanche, si elles renforcent l’idée d’un signal de sécurité dose-dépendant, la décote pourrait persister malgré l’efficacité clinique.

Le scénario central consiste donc à considérer la zone actuelle comme une opportunité d’achat sélective, mais non comme un signal d’achat agressif sans discipline. Sous 80 euros, le titre redevient attractif au regard des comparables de transactions, avec un potentiel de retour vers 90 à 110 euros si le marché revalorise le dossier sur la base d’un profil de sécurité maîtrisable. Dans un scénario plus favorable, où le dosage faible devient clairement la dose commerciale et où l’intérêt stratégique des grands laboratoires revient, une valorisation proche des transactions les plus élevées du secteur pourrait justifier un cours sensiblement supérieur.

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Graphique hebdomadaire de l’action ABIVAX (ABVX) : 

Analyse technique de l'action ABIVAX Source : IG / TradingView
Analyse technique de l'action ABIVAX Source : IG / TradingView

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