L’ économie bleue , un futur thème d’investissement durable

L’ économie bleue est considérée comme l’un des enjeux majeurs dans le domaine de la finance responsable d’après la première étude consacrée à la sensibilisation et à l'intérêt des investisseurs pour une économie maritime durable.

Le département Impact Advisory and Finance de Crédit Suisse et l’organisme Responsible Investor qui ont publié les résultats de cette vaste enquête mondiale au sujet de la sensibilisation des investisseurs institutionnels aux placements liés à l'économie bleue et aux océans révèlent que si l'intérêt pour l'économie bleue durable est élevé ( environ 90 % des personnes interrogées se disent intéressées par des investissements liés à l’économie bleue durable et près de la moitié (48 %) manifestent même un fort intérêt pour le sujet), l’expertise sur la thématique reste pourtant faible (environ 75 % des personnes consultées n’ont pas évalué l’impact de leurs investissements sur les océans et 21 % d’entre elles déclarent ne pas avoir conscience de l’exposition et des risques associés aux océans dans le cadre de leurs placements).

Près d’un tiers des détenteurs d’actifs n’ont pas encore intégré l’économie bleue dans leurs investissements actuels, ce qui soulève la nécessité de mieux informer les investisseurs sur la question de l’économie bleue et de la conservation des océans . Malgré l’intérêt de certains investisseurs sur les opportunités qu’offrent l’économie bleue, ce secteur attire moins de financement et en particulier moins de capitaux privés. Une réalité qui pourrait considérablement changer au cours de la prochaine décennie.

Qu'est-ce qu’est donc l'économie bleue et quelle sera sa place dans le contexte du développement maritime durable international ?

Qu’est-ce que l’économie bleue et comment la comprendre ?

L’économie bleue couvre deux différents concepts :

Dans sa première forme, l’économie bleue renvoie à « un modèle économique qui prétend suffire aux besoins de base en valorisant ce qui est disponible localement et en s’inspirant du vivant ». Ce concept, qui repose sur les principes de l’économie circulaire et qui considère les déchets comme dotés de valeurs, a été développé par l’entrepreneur belge Gunther Pauli de la fondation ZERI (Zero Emissions Research and Initiatives) à l’Université des Nations Unies en 1994. Cette approche oppose l’économie bleue à l’économie dite « rouge » (qui se fonde sur une exploitation immodérée et inconséquente des ressources naturelles) et à l’économie dite « verte » (qui porte sur les actions et opérations financières favorisant la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique).

Dans son projet, Gunter Pauli vise l’élimination des déchets au moyen d’un changement dans les méthodes de production en mettant l’accent sur une approche économique inspirée des écosystèmes naturels pour résoudre l’ensemble des problèmes de société en se fondant sur le recyclage.

Dans sa deuxième conception, l’économie bleue désigne les opportunités économiques fournies par le milieu marin caractérisé par les énergies marines renouvelables, les biotechnologies, les minerais stratégiques logés dans les fonds marins, l’aquaculture et l’halieutique, le tourisme ou la protection environnementale. Elle vise aussi la création de nouvelles sources de revenus et des emplois, la stimulation de la croissance économique tout en mettant un accent particulier sur la protection de notre environnement, de ses valeurs culturelles et de sa biodiversité par l'utilisation durable des ressources aquatiques trouvées dans les océans, les mers, les lacs et les rivières.

Pourquoi l'économie bleue est-elle si importante dans nos vies ?

Marisa Drew, chief executive officer du département impact advisory and finance chez Crédit suisse, observe que « non seulement que les océans sont les plus importants puits naturels de carbone de la planète, ils constituent également une source de subsistance économique capitale pour des milliards de personnes ». Voici quelques chiffres qui démontrent l’importance capitale de l'économie bleue :

  • environ 71 % de la surface terrestre est recouverte d'eau et plus de la moitié de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer

  • plus de trois quarts de toutes les grandes villes sont situées le long de la côte et au moins 90 % des marchandises échangées dans le monde voyagent sur la mer

  • La valeur des actifs liés aux océans est estimée à plus de 24 000 milliards de dollars, ce qui en fait la septième économie mondiale en termes de PIB

  • Les activités liées à l'économie bleue assurent le moyen d'existence de plus de 820 millions de personnes dans le monde avec des activités relatives au transport maritime et aux transports connexes, à la production d'énergie, à l’exploitation minière, à la construction, au commerce, au tourisme, à la recherche, sans oublier les très importants bénéfices pour les écosystèmes (comme la séquestration du dioxyde de carbone)

  • La production halieutique à l'échelle mondiale est en augmentation et atteint près de 171 millions de tonnes dont à peu près la moitié provient de l'aquaculture, soit 362 milliards de dollars

  • L'aquaculture est en croissance rapide avec près de 6 % de croissance par an en comparaison aux autres grands secteurs de production alimentaire. Environ 60 millions de personnes (dont plus de 96 % dans les pays en développement d'Asie et d'Afrique) tirent leur principal moyen d'existence de la pêche ou de l'aquaculture.

D’après Dennis Fritsch, analyste chez responsible investor, « la transition de l’actuelle approche à court terme, destructrice des actifs liés aux océans vers une économie bleue durable et plus respectueuse du climat offre une opportunité économique exceptionnelle en matière de placements durables ». Certains pays, conscients de l’état désastreux des océans et des enjeux autour de l’économie bleue, ont pris le devant ; c’est le cas des Seychelles .

Les Seychelles, pays pionnier dans le secteur de la blue economy

L’économie des Seychelles comme celle de plusieurs États insulaires dépend énormément de l’océan, de la pêche et du tourisme. La pêche, qui est le secteur d’activité le plus important du pays après le tourisme, représente environ 95 % de la valeur totale des exportations nationales et contribue de manière significative au PIB annuel en employant plus de 17 % de la population.

Pour faire face aux coûts de gestion et de pertes socio-économiques dans la phase de transition vers une pêche durable lors de la reconstitution et de l’exploitation des stocks de poisson, ce petit État insulaire a eu l’idée d’une obligation bleue pour financer cette transition.

Une obligation bleue souveraine d’une valeur plafond de 15 millions de dollars pour une durée de dix ans a été émise par les Seychelles avec l’aide de la Banque mondiale (qui y apporte une garantie partielle de 5 millions de dollars) et du Fonds pour l’environnement mondial (avec 5 millions de dollars également pour couvrir en partie le paiement des coupons obligataires).

Cette obligation bleue dont l’objectif est de doter en capital deux fonds qui visent le financement des activités marines et océaniques contribuant à la transition vers une pêche durable a bénéficié d’un placement privé auprès de trois grands investisseurs socialement responsables (Calvert Impact Capital, Nuveen et Prudential) basés aux États-Unis. Les principaux bénéficiaires de ces fonds sont notamment les pêcheurs artisanaux et semi-industriels, les acteurs des secteurs du tourisme et des produits de la mer, les institutions nationales et locales engagées dans la gestion des ressources marines et les organismes publics dont les moyens de subsistance dépendent essentiellement des ressources marines et de l’océan.

Notons que la Banque mondiale soutient également les efforts des Seychelles dans la mise en place d’une économie bleue diversifiée via le troisième projet entrepris au titre du Programme de gouvernance des pêches et de croissance partagée du Sud-Ouest de l’océan Indien (SWIOFish3).

L’émergence des Blue bonds ou obligations bleues en Europe

Une obligation bleue ou Blue bond en anglais est un instrument d’emprunt émis par des acteurs publics (banques de développement et États) ou privés (entreprises et trusts caritatifs) pour lever des capitaux auprès d’investisseurs afin de maximiser le potentiel d’un territoire océanique donné en finançant des projets marins et océaniques aux retombées positives pour l’environnement, l’économie et le climat par l’établissement de réserves naturelles sans pêche ou de la captation de carbone pour lutter contre le réchauffement climatique.

Les obligations bleues s’inspirent du même modèle que les obligations vertes ou green bonds issues de la finance verte. La seule différence c’est que les obligations bleues concernent les mers et les océans.

Lors de la conférence « BlueInvest Day » organisée le 4 février 2020 à Bruxelles, l’Europe a lancé son fonds d’investissements pour l’économie bleue appelé « BlueInvest » doté de 75 millions d’euros. Géré par le Fonds européen d’investissement (FEI), ce fonds vise :

  • à améliorer l’accès aux financements des jeunes entreprises en phase de démarrage et des PME de l’économie bleue

  • à fournir des financements à des fonds de placement sous-jacents qui visent et soutiennent stratégiquement l’économie bleue innovante.

BlueInvest comprend entre autres une communauté en ligne, une aide aux entreprises pour stimuler leur propension à investir, une académie et une réserve de projets.

Loi Economie Bleue : quels objectifs à atteindre ?

La loi sur l’économie bleue présentée par les députés socialistes permet à la France de tirer encore plus parti de ses ressources maritimes en mettant en place des dispositions pour assurer la compétitivité des exploitations maritimes de la France. Cette loi de politique maritime très ambitieuse comprend 5 objectifs :

  • La modernisation de la pêche et de l’aquaculture française

  • La simplification de la réglementation maritime

  • L’amélioration de la sûreté maritime et portuaire

  • Le renforcement de la compétitivité du pavillon français

  • Le développement du secteur de la navigation de plaisance.

L’économie bleue en résumé

L’économie bleue adopte une approche financière reposant sur la quantification économique des services écosystémiques sous la forme des obligations bleues. Une transition vers une économie bleue durable et plus respectueuse du climat offre une opportunité économique exceptionnelle en matière de placements durables. Certains analystes se posent encore la question de savoir si toutes les conditions légales et financières sont réunies pour encourager les investissements des capitaux privés vers une utilisation durable des océans et surtout si les investisseurs ont conscience de l’impact qu’auront leurs placements sur le milieu marin et de la façon dont cela peut affecter la performance et la valeur de leurs portefeuilles.

Notons que la Banque Mondiale, qui s’est inscrit dans le développement de l’économie bleue, y consacre déjà un portefeuille d’environ 3,7 milliards de dollars avec des projets comme la mise en œuvre de grands programmes régionaux de pêche en Afrique et dans le Pacifique, la lutte contre toutes les sources de pollution marine, la protection des habitats marins menacés et le soutien à l’aménagement du littoral dans le monde entier.

Date de publication : 2020-05-07T09:41:00+0100


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