Tensions Russie-Ukraine : les marchés mondiaux en ordre dispersé

On le pressentait avec le retournement baissier des marchés américains en fin de séance vendredi, l’escalade des tensions entre l’Ukraine et la Russie tout au long du week-end a mis le feu aux poudres en ce début de semaine.

La bourse de Moscou a dévissé de plus de 12% et la contagion s’est rapidement propagée aux marchés européens. L’illustration la plus nette de cet accroissement des tensions sur le CAC40 est la formation d’un gap important à l’ouverture lundi matin : alors que le marché a clôturé à 4408 pts vendredi, il a ouvert à 4338 pts soit un gap de 70 points. Autre signal fort de l’inquiétude des opérateurs, le comblement de ce gap n’est pas intervenu dans les heures qui ont suivi l’ouverture, malgré une accélération haussière à 3446 pts quelques minutes après le début des échanges.

Même sanction pour le DAX qui a ouvert sur un fort gap baissier et n’est pas parvenu à la combler dans la journée, pour terminer sur une baisse sensible de 3.44%. Même si on ne peut parler de panique sur les marchés, à l’image de ce que nous avons connu lors de la crise des subprimes ou crise de la dette en zone euro, un climat d’aversion au risque s’est installé sur les marchés actions et se traduit également sur les marchés US. Même si les indices actions américains ont limité les dégâts en termes de variation à la baisse, la nette remontée du VIX (indice de volatilité) au-dessus de 16.0 (soit plus de 15% de hausse entre vendredi et lundi) témoigne de la nervosité des investisseurs dans le contexte actuel. D’autant plus que la journée de lundi aura été extrêmement dense en déclarations politiques, condamnations, rumeurs et démentis. Le marché a connu une forte phase d’accélération baissière lundi après-midi lors de la diffusion d’une information faisant état d’un ultimatum russe concernant les troupes ukrainiennes basées en Crimée. La Russie a démenti avoir lancé un ultimatum mais le marché a consolidé ses pertes et n’a que très peu rebondi…


Les fortes tensions géopolitiques actuelles, au-delà de l’aversion au risque légitime qu’elles génèrent, catalysent également les prises de plus-value après le rally haussier de février.
La tension perceptible sur les marchés actions est en revanche beaucoup moins perceptible sur le marché des changes, en tout cas pour ce qui concerne les devises majeures. En effet, les marqueurs habituels de l’aversion au risque que sont le yen, le franc suisse et le dollar se sont certes appréciés, mais on reste très loin de mouvement témoignant d’un mouvement de panique. Par exemple sur la paire de devises USD/JPY, la baisse n’aura été que d’une quarantaine de points (pips) entre vendredi et dimanche soir. Même constat pour l’euro qui a cédé un peu de terrain face au yen (80 points) mais on est très loin d’un mouvement d’aversion au risque aigu. Ces paires de devises peuvent perdre plusieurs centaines de points en quelques heures sur un seul mauvais chiffre économique…or les devises « refuges » habituelles ont relativement peu varié au cours des dernières heures. Le faible appétit des investisseurs pour le yen dans ce contexte de risque laisse donc penser que de nouvelles phases d’affaiblissement du yen vont suivre dans les semaines qui viennent, l’euro et le dollar devraient donc se renforcer face au yen après la phase de flottement actuel.


La situation du franc suisse face à l’euro mérite également de s’y intéresser. La BNS a récemment rappelé qu’elle continuerait à défendre le support des 1.2000 sur la paire EUR/CHF. Or nous n’en
sommes plus très loin…une certaine nervosité pourrait donc s’emparer des investisseurs, ces derniers pouvant craindre une intervention de la BNS pour protéger cette zone. De nouvelles déclarations des autorités monétaires suisses dans les jours qui viennent sont à surveiller…
Face au dollar, l’euro cède aussi du terrain mais cette baisse n’est pas uniquement imputable au risque qui s’est propagé sur les marchés, faisant du dollar une valeur refuge. Non, le ralentissement de la hausse face au dollar s’exprime depuis plusieurs mois comme étant le fruit du différentiel de performances économiques entre l’Europe et les Etats-Unis mais également comme signal du ralentissement de la politique monétaire expansionniste des Etats-Unis avec la baisse des rachats d’actifs mensuels par la FED observés depuis janvier. La pression entourant la BCE sur l’adoption de nouvelles mesures accommodantes (baisse de taux, LTRO, taux négatifs, ABS, etc…) ne permet pas à l’euro de prendre plus de hauteur face au dollar et cette tendance devrait s’inscrire sur le moyen terme avec un retour sous les 1.3500$, en direction des 1.3000$.

Les matières premières liées à l’énergie se sont également inscrites à la hausse, le baril WTI faisant une incursion au-dessus de 105.00$. Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre à moyen terme car elle est la résultante de plusieurs facteurs : stabilisation du risque en zone euro, croissance soutenue aux Etats-Unis, rebond global des matières premières et plus récemment tensions géopolitiques autour de l’Ukraine faisant craindre l’adoption de mesures de sanctions. L’Ukraine reste un carrefour majeur dans l’approvisionnement en gaz naturel de l’Europe. En ce qui concerne ce dernier, le rebond des cours a débuté au premier semestre 2012, donc bien avant que n’éclate la crise ukrainienne. Celle-ci a catalysée la hausse des cours sur les dernières semaines et cette tendance pourrait encore se poursuivre sachant que l’Ukraine occupe une place stratégique dans l’approvisionnement de l’Europe et que la part de consommation du gaz russe dans la consommation totale est toujours importante.

La combinaison des tensions géopolitiques à court terme et l’amélioration des fondamentaux
économiques mondiaux à moyen terme rendent peu probable une baisse des prix du gaz dans les mois à venir.

En ce qui concerne les métaux, l’or remplit parfaitement son rôle de valeur refuge en faisant une
incursion au-dessus de 1350$. Toutefois le rebond de l’or ne date pas de ces derniers jours, il a pris corps dès le début de l’année et résulte lui aussi de plusieurs facteurs : rebond technique après la forte baisse de 2012 et 2013, discours toujours accommodants de Bernanke puis Yellen sur la politique monétaire de la FED malgré la décision de ralentir le rythme du QE (les récentes statistiques économiques américaines relativement mitigées ont également impacté positivement l’or, laissant penser que la FED pourrait marquer une pause dans le ralentissement du QE), poursuite de la politique monétaire ultra-accommodante de la BoJ (Japon) et plus récemment tensions géopolitiques. La poursuite du mouvement de rebond actuel reste toutefois conditionnée à l’évolution de l’inflation et des politiques monétaires. Même si les derniers chiffres en provenance du Japon montrent une amélioration sur le front de l’inflation, il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre les 2%.

Même scénario en Europe où l’inflation reste inférieure à 1%…donc loin des objectifs de la BCE, là aussi fixés à 2%.

Toutefois une amélioration des chiffres économiques US après l’épisode de mauvais temps qui a impacté négativement l’économie, combinée à une poursuite du ralentissement de la politique monétaire de la FED et à une reprise progressive de l’inflation pourrait voir l’or retomber sur ses plus bas de 2013 sous 1200$ l’once.

Enfin, en ce qui concerne les taux, la stabilisation de la situation économique en zone euro cumulée à l’aversion au risque sur les émergents et aux tensions à l’Est ont aiguisé l’appétit des investisseurs pour la dette européenne et plus seulement la dette française ou allemande, traditionnelles valeurs refuges, mais également la dette de l’Espagne et de l’Italie.

Le taux à 10 ans de l’Espagne est tombé à 3.44% soit le plus bas niveau touché depuis janvier 2006…c’est-à-dire avant la crise des subprimes puis la crise de la dette en zone euro. Même si la convergence des économies européennes et la mise en place de pare-feu ont justifié la détente observée depuis 2012, il semble toutefois peu probable que ce mouvement de détente dure encore longtemps car les fondamentaux de l’Italie et de l’Espagne restent fragiles (chômage élevé, dette 132% du PIB pour l’Italie, secteur bancaire fragile). Un rebond sur les taux d’emprunt de ces pays ne devrait donc pas tarder à se manifester…

 

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